lundi 2 septembre 2019

transhumance des métastases







Titre : transhumance des métastases

Auteur : alain harmas

Editions : Alain Iametti

Année de parution : 2019


Cette chronique est écrite après dédicace.

Une autofiction entre Charybde et Scylla

L'édition indépendante provoque les situations particulières. Les livres viennent d'eux-mêmes sans qu'on n'ait à les chercher et souvent après des parcours étonnants. De plus, rencontrer l'auteur d'un ouvrage qu'on a lu est toujours une expérience intéressante mais l'inverse est meilleur encore. Vous fréquentez une personne, vous lisez éventuellement ses emails, vous remarquez sa manière d'être, ses manies, ses habitudes, ses préférences et là, dès les premières lignes, son nouveau roman s'en trouve augmenté d'un seul coup : on y décèle la vraie personnalité, et non pas celle de l'auteur ou du narrateur tout aussi construits l'un que l'autre. C'est donc avec une grande bienveillance d'emblée que j'ai commencé cette lecture dont le sujet m'avait été présenté - je n'ose dire défloré. Et le pire, c'est que je l'ai commencée en sachant la fin ! (certes, je l'avais demandée...). Eh bien, n'empêche, le pari est réussi de mener une intrigue aussi tendue que la corde du funambule qui s'accélère juste ce qu'il faut pour nous mener, en un triptyque bien ficelé, jusqu'au tableau final. Les détails sont savoureux : du choix des mets asiatiques jusqu'aux redondances de fragrances et de cortex. La tension, annoncée pour les idéologies, transparaît jusque dans le style : ce long roman est composé de très courts paragraphes, qui contraignent à la lenteur dans la lecture. Même l'absence de majuscules dans le titre est une revendication. Impossible de le dévorer, il faut le savourer.

Petit Bushido illustré

Dans cette marche lente qui va de fin en faim, avant de revenir à la fin, le lecteur a tout le loisir de s'interroger sur les choix présentés. On pourrait prendre ce récit comme une immense métaphore du parcours de vie, que le narrateur, en docte psychopompe, nous explicite patiemment. Entre désir charnel et manipulation financière, entre amour et indifférence, entre force et faiblesse, entre chaud et froid, la vie se charge de choisir à la place de l'indécis. En attendant, , le lecteur se prend aussi au jeu des jugements.

Heureusement, j'ai trouvé l'antidote à l'absence de choix. C'est un jeu : 


dont l'adresse a été gracieusement communiquée par Monsieur Phi. 
Cependant, ce flou ressenti par le personnage ne me semble pas du tout être celui de l'auteur. Au contraire, dans l'interligne, il s'appuie sur des valeurs si fortes qu'elles mettent en jeu la source même de la vie et de la mort, ce qui me fait penser au Bushido et aux alternatives présentées en préambule d'une BD dont j'ai oublié le titre :

"Si tu as le choix entre manger ou ne pas manger,
Alors mange.
Si tu as le choix entre partir ou rester,
Alors pars.
Si tu as le choix entre vivre ou mourir,
Alors meurs."
 
Mais revenons plutôt à notre transhumance...


Des goûts de femmes


 En tant que lectrice, j'ai admiré la position des Grâces, cette troïka effrénée qui fonce en avant - mais je ne suis pas sûre de l'intention de l'auteur à leur sujet ! Finalement, il me semblerait plutôt que ce roman illustre la loi du plus faible puisque le héros ne réussit que quand il échoue et que tou_tes les femmes sont des incarnations fatales !
En outre, la progression du récit est cyclique, comme dans la vraie vie, quand les événements se répètent pour qu'on les comprenne peut-être... Les redites sont les échos des pensées qui ont modelé le monde. Le point de vue du narrateur ne change pas finalement : c'est juste sa situation qui évolue - presque à son corps défendant, ainsi que son état émotionnel - à sa grande surprise. A l'absurdité initiale succèdent des épreuves qui mènent à la résilience absolue - au bonheur ? Du désordre du monde, on parvient bien à un ordre finalement. Mais à quel prix ?

A la vie, à la mort : l'originalité d'abord !

Il est clair que ce roman est original, contrairement à son apparence et cela se joue davantage dans l'interligne, je crois. L'auteur nous avait prévenus lors de son interview pour le salon de l'autoédition :
 Le style pour Alain Iametti

De tous les romans que j'ai lus jusqu'à présents, rares sont ceux qui s'intéressent d'aussi près aux différents moyens de mourir. Ici, l'exploration systématique n'a rien de scabreux pourtant. On dirait plutôt une mission de reconnaissance, entrecoupée de scènes érotiques et gourmandes qui lui confèrent, par contraste, une hauteur particulière. Enfin, l'auteur utilise un procédé remarquable : certains dialogues enchaînent exactement les phrases du récit, créant un bel effet multidimensionnel. Les discours et les pensées se croisent et je me demande si la manipulation du héros par les Grâces ne serait pas le reflet de celle de l'auteur sur l'histoire... Que mes élucubrations me soient pardonnées, elles ne sont que l'ébauche de pâles lucioles interprétatives !
Pour ma part, j'ai apprécié ce roman et je serai prête à lire la suite...(Si, si !)








Transhumance des métastases


Pour l'avoir à soi, sur le site des Editions alain harmas - http://www.editionsalainiametti.com/produit/transhumance-des-metastases-livre-electronique/


Que lire ensuite ?

Juste avant le lancement des Journées Internationales de Lyon du Théâtre Arabe et Francophone, je propose un florilège de pièces classiques et contemporaines - ou pas. Merci à la BM Lyon de me prêter tout cela d'un seul coup !!!

 Voici mes préférences :
  1. Le Point de vue de la mort, Mustapha Benfodil.
  2. Le Monologue de l'exil, Ayat Fayez.
  3. L'Apocalypse Joyeuse, Olivier Py.
  4. Six personnages en quête d'auteur, Pirandello.
  5. Pelléas et Mélisande, Maeterlinck
  6. Tout Yeats !

Belles pages à vous pour la rentrée,
Céline.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire