mercredi 15 mai 2019

Souvenirs introuvables, Laura Wilhelm






Auteure : Laura Wilhem

 Titre : Souvenirs introuvables, tome 1

Disponiblesur ce lien


Le récit commence sur les pensées d'une jeune fille, Jade, qui se réveille à l’hôpital. Elle a eu un accident de parapente et est désormais amnésique. Revenue à sa vie d’avant sans se souvenir de rien, elle doit faire face à une nouvelle menace : parmi son entourage se trouve celui ou celle qui l’a mise sciemment en danger…

Pour commencer, je dois dire que le livre est agréable et se lit vite. Malgré, pour moi, certains défauts de structure de narration et des petites maladresses d’écriture, j’ai beaucoup apprécié lire cette histoire et suivre le fil de la réflexion de l’héroïne. J’ai également vraiment aimé le cadre inhabituel de ce roman - puis-je dire policier ? - qui se déroule à l’université. L’idée de base de l’intrigue et les relations développées entre les personnages m’ont beaucoup plu.

Je pointerais cependant deux choses.
Le stéréotype narratif de la demoiselle en détresse et du sauveur, qui intervient à un moment de l’histoire. Même amnésique, j’ai l’impression que Jade pourrait commencer à faire un lien entre certains évènements et rêves. Mais cela ne lui est pas donné et elle est systématiquement sauvée par des hommes ; qui plus est, par des hommes revêtant le caractère de « super-héros ». J’avoue être de plus en plus allergique à ce genre de scénarii, mais je comprends que cela soit encore écrit et lu.

La fin un peu courte et décevante
Après tant de développements, la fin coupée presque court m’a surpris. Trop peu d’explications pour moi. Surtout, le livre se termine sur une considération sentimentale, malgré tous les évènements qui se sont passés et tous les dénouements possibles qui en découlent. J’en suis resté un peu froid et surpris dans le mauvais sens.

Néanmoins, le livre reste une lecture agréable et prenante et je vous le conseille avec plaisir, l’écriture étant fluide et le personnage de Jade très intéressant. Je lirais, pour ma part, volontiers le tome 2.


mardi 14 mai 2019





Titre : écrire*
Auteur : Benoit Toccacieli
Disponible surce lien!

 J’ai un avis mitigé sur ce livre, que j’essayerai de rendre de la façon la plus équitable possible. Il y a la question de la forme et de la cohérence, du style d’écriture, puis des opinions, que j’essayerai de séparer

Ça parle de quoi ?

Le texte se présente par une succession de petites chroniques et d’histoires sur l’écriture, sur des histoires comparatives et des métaphores tirées de la vies quotidiennes. Certaines m’ont paru jolies, drôles, d’autres attendues ou trop binaire ou maladroites, certaines m’ont émerveillé par la capacité à saisir l’insaisissable avec des mots. La forme poétisée de certaines ne m’a pas plu du tout, par contre, alors que la prose me semble maîtrisée.

Le majeur reproche que je donnerais à l’ensemble c’est l’absence de cohérence et l’aspect décousu, alternant chroniques, histoires et réflexions. Je modérerais ça en disant que le texte est annoncé comme un recueil de textes écrits au fil du temps, donc la pertinence de cette remarque peut être discutée.

Désaccord personnel

Mon premier grand désaccord a été son point de vue sur l’écriture. L’écriture par la souffrance, la souffrance qui donne de la profondeur, l’écrivain.e qui se guérit par son travail. Et là c’est un grand non pour moi. L’art est un vrai travail, pas une thérapie. Un texte peut naître de la souffrance, mais le bonheur peut également créer de belles choses.

 Un.e écrivain.e est surtout à mes yeux un.e travailleu.r.se, donc cela demande une régularité de vie et un équilibre émotionnel ! Même s’il peut en être autrement dans certaines situations. Cette opinion étant présente dans un ou deux textes, elle n’est pas majoritaire dans ce qui est exprimé.

En somme...

Rien à redire, par contre, sur l’écriture en elle-même. Phrases bien structurées, mots bien choisis, joli rythme. J’ai beaucoup aimé son style.

Malgré un ensemble de structure trop flagrant pour moi et un début maladroit, ce texte m’a semblé intéressant à lire, bien qu’inégal. Mes retours négatifs ne tiennent pas tant à la qualité du travail et du phrasé qu’aux opinions énoncées et à certaines métaphores que j’ai trouvées trop tranchées ou extrêmes. J’encourage donc volontiers à lire ce texte et je serais curieux de lire des points de vue différents.

vendredi 3 mai 2019

Pharaon 1923

http://ducreux.us/

Titre : Pharaon 1923



Auteur : Jean Ducreux



Editions : autoédition/ BOD

Année de parution : 2019

 

Cette chronique est écrite pour le Salon de l'autoédition

 

 Une aventure spirituelle

 C'est le printemps ! La nature s'éveille, bourgeonne, éclot et cette poussée de vie augure la force de l'été. En lisant Jean Ducreux, j'ai eu ce même sentiment. Ce roman historique et exotique est complétement différent des précédents situés dans la Loire. On dirait que l'auteur a débridé sa plume en même temps que son imagination. Et pourtant, le style d'écriture est parfaitement reconnaissable dans un genre totalement nouveau.

Quête initiatique, escape game, chasse à l'homme ? Le roman nous emmène à un rythme effréné dans l'Egypte du XXème siècle, prise en tenaille entre son passé magnifique et son présent désastreux - qui éclaire hélas notre actualité d'un jour très sombre, avant de nous ramener en France dare-dare dans un final ... renversant !

Comme une petite représentation vaut mieux qu'un long discours, voici l'effet que m'a fait la lecture de ce roman :

Les premières pages me semblaient un brin absconses - à cause de promesses renouvelées et de l'absence de la sœur dans la transcription des conversations. Mais je ne regrette pas d'avoir continué en mettant mes questions de côté, évidemment, car c'est justement la retenue du début qui rend la suite plus étourdissante.


L'intelligence des mots

Ce récit est un concentré d'intelligences :
  • celle de la langue française d'abord - je défie les auteurs contemporains d'employer le verbe défectif chaloir au subjonctif dans une conversation désinvolte ! Et j'avoue avoir écarquillé les yeux, en me promettant de placer moi aussi "Pour peu qu'il vous en chaille" au détour d'une discussion prochaine.
  • celle des autres langues, anglaise, polonaise, russe, arabe, allemande, et j'apprécie énormément les écarts allophones qui émaillent les récits de Jean Ducreux. La question des titres russes ou ukrainiens ou slaves - Prince ou Comte ? Noble ou parvenu ?- appartient en effet à notre histoire européenne. L'accent alsacien de Jean-Baptiste est illustré savamment. Le small talk des Anglais avec Odile ou Julie. C'est dire si chaque personnage porte en lui toute une part de l'histoire de sa patrie d'origine. Ce sont des caractères saisis avec une finesse d'observation réjouissante. Si l'on a des amis d'origine étrangère, il est difficile de ne pas les reconnaître dans les traits lancés par tel ou tel.
Je dois avouer que ma première lecture était surtout guidée par les rebondissements de la quête du fameux vase. Les discours me paraissaient dissimuler des indices peut-être et je n'ai pas pris le temps de déguster lentement toutes les trouvailles. Même les nom des sœurs du couvent qui ont recueilli le témoignage de Jean-Baptiste sont amoureusement choisis.

Du coup, je m'inscris sans réserve pour une seconde lecture, plus attentive et plus fouillée, de ce roman musical où les intonations et les spécificités des voix jouent un rôle primordial : aux lecteurs de se lancer dans une quête géopolitique de ce qui soutend notre actualité, grâce aux remarques et allusions bien senties du narrateur !


Splendeur et décadence du collimateur romanesque

Pas étonnant que ce roman sorte un premier avril ! Il a cette qualité d'humour, peut-être farceur ou cynique. Comment savoir si tel ou tel personnage parle sérieusement, surtout quand on sait les enjeux et les intérêts qui les lient les uns aux autres. Très vite, les oripeaux de la franche amitié s'écaillent révélant des vérités peu glorieuses. Au départ, on ne donnait pas cher de Jean-Baptiste, tout en étant persuadés qu'il s'en sortirait, vu qu'il est le narrateur de l'histoire. Et à la fin, on sait que la frontière entre la vie et la mort est si ténue que... - Eh non, je ne peux pas continuer au risque de vous en dire trop ;-)
Les personnages oscillent tour à tour entre sympathie et antipathie. Selon les épreuves, ils réagissent "bien" ou "mal" ce qui les fait détester ou admirer. Pourtant, dans l'ensemble, le romancier ne tente pas de séduire, au contraire. On le dirait lancé sur la piste d'une vérité introuvable car recouverte de mensonges plus ou moins bien intentionnés. Comme dans la vraie vie, n'est-ce pas ?Dans les transcriptions des entretiens qu'il a laissées, Jean-Baptiste choisit ce qui l'intéresse, sans se donner toujours le beau rôle, sans justification, voire au bord de la prétérition, dans l'espoir un peu flou ou un peu fou de redonner vie à ce qui a été.

Avec une magnifique partition et quelques dissonances.

Tout l'art du romancier.



Pharaon 1923, Jean Ducreux, 2019

Ecouter un extrait sur Youtube : au milieu des tombes (hypogées), la fausse note de Charles !


Pour l'avoir à soi, tout est sur le site de l'auteur : http://ducreux.us/
https://www.bod.fr/librairie/pharaon-1923-jean-ducreux-9782322171897

Liens versions électroniques pour liseuses et tablettes :
Kobo : https://www.kobo.com/fr/fr/ebook/pharaon-1923
Amazon Kindle : https://www.amazon.fr/dp/B07Q6LGD4N
Version papier livrée directement chez vous :
Boutique Amazon : https://www.amazon.fr/dp/2956253891
Version papier chez votre libraire habituel ?
Donnez-lui ce numéro ISBN s’il n’a pas ce roman en rayon : 9782322171897
https://www.leslibraires.fr/offres/15532891



Que lire ensuite ?



Eh bien , je vais choisir la Route Hors du Monde de Charlie Clé - dans l'optique de la Nuit de la Sf du 12 octobre. Nous en avons parlé dans la newsletter de l'association en avril. C'est l'occasion ou jamais !


mercredi 1 mai 2019

Alron Gems, Le Bal des Scorpions - Manuel Bénétreau







Titre : Le Bal des Scorpions

Auteur : Manuel Bénétreau

Editions : autoédition/ Amazon

Année de parution : 2018

Cette chronique est écrite pour le Prix des Auteurs Inconnus


Pour celles et ceux qui aiment le rouge

La couverture annonce la couleur : celle du rubis, du sang et du scorpion dans l'obscurité. Elle ne nous trompe pas sur la marchandise : il y a de l'aventure et de l'action sous un angle nouveau et unique, le monde des joailliers. Autant dire qu'avec tout ce luxe et cette beauté, l'univers d'Alron Gems est très séduisant. Il y travaille aussi (à être séduisant) et règle tout dans les moindres détails (ou presque), comme son auteur. Toues les pages nous réservent des rebondissements parfaitement maîtrisés.
A mon grand étonnement, en refermant ce livre, je me suis aperçue que j'avais appris, sans m'en apercevoir, pas mal de choses sur les pierres précieuses, notamment celle qui nous occupe. Par exemple, de quelle taille est le joyau de la Couronne britannique ? Comment ne pas confondre spinelle, rubis et grenat ? Ce à quoi s'ajoutent quelques petits mouvements d'aïkido pour le sport ou l'autodéfense.

Grâce à cette histoire hautement fantaisiste, l'auteur cristallise un grand nombre de connaissances en divers domaines allant de l'histoire de l'Inde aux projets humanitaires, en passant par la gemmologie bien sûr et les arts martiaux et il nous en fait part généreusement.

De l'exotisme, du charisme, de l'humour

Si Alron Gems est le chasseur de pierres le plus renommé au monde, c'est qu'il est entouré d'une équipe de choc. Le staff du bureau d'abord - fort sympathique ; l'équipe de terrain, ensuite - aussi diverse qu'attachante ; et enfin un réseau digne de celui de Robin Wood. Foin du culte de la personnalité style James Bond ou Mac Gyver ! Place au collectif dans un jeu auquel se livrent les membres de la société dans l'intérêt du client peut-être mais surtout dans l'intérêt du monde entier. 

Si le chasseur de trésor manie les millions et les milliards de dollars comme de la menue monnaie, il n'oublie jamais le sens fondamental de sa quête : améliorer l'humanité. Pourrait-on y voir un brin d'autosuffisance que les rebondissements de l'histoire parviendraient à nous faire oublier cette manie du compliment. Et les traits d'humours, toujours francs et amicaux, reposent du cynisme ambiant d'une certaine littérature médiatisée.

Chacun des personnage est tout entier, à sa manière et c'est ce qui fait plaisir : le récit va à toute vitesse jusqu'à une fin qui est une cerise sur le gâteau. C'est vous dire si l'auteur a parfaitement taillé et calibré toutes les facettes de son roman.

La suite ! La suite ! La suite !

Bien sûr, une équipe de choc, des ennemis historiques, des révélations, des secrets, un monde à sauver : les ingrédients principaux de la recette parfaite pour une série incontournable sont réunis. J'ai hâte de retrouver tous les membres de la société A. G. soudés par une nouvelle mission, solidaires dans l'adversité, animés par des valeurs humanistes de confiance et d'éthique. Quelques personnages qui gravitent à distance pourraient bien devenir les protagonistes de nouveaux voyages.

Enfin, découvrir le monde par les yeux de ses experts de l'esthétique et de la beauté est un plaisir. Les descriptions et présentations succintes des pays traversés donnent envie d'y voyager. Encore une fois, l'auteur sait si bien mener son récit qu'à aucun moment, on n'a l'impression d'un exposé didactique. Au contraire, on croirait que l'auteur a visité tous les lieux qu'il décrit si bien !

Alors, si jamais vous me lisez, Manuel Bénétreau, pourriez-vous répondre à ma question : vous êtes-vous rendu à Londres, Istanbul, Hong-Kong, bref avez-vous fait le tour du monde pour écrire ce roman ?


Alron Gems - Le Bal des Scorpions, Manuel Bénétreau


Pour l'avoir à soi : https://www.amazon.fr/Alron-Gems-Scorpions-Manuel-Benetreau/dp/2822100616

Pour le teaser : https://www.youtube.com/watch?v=Z3cZR679k7g

Le Pinterest du livre ! :https://www.pinterest.fr/manuelbenetreau/le-bal-des-scorpions/?lp=true
Pour lire les premières pages : https://www.booknseries.fr/wp-content/uploads/2018/06/bal-des-scorpions-decouverte.pdf

 


Que lire ensuite ?

Entre deux auteurs classiques, je ne sais par lequel commencer.

D'un côté, L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon, un ouvrage que je viens de relire, d'une traite évidemment, comme quand on retrouve un vieil ami. L'absence totale de suspense, puisque je me rappelais la fin, a mis en valeur sa teneur philosophique. Cette seconde rencontre me redonne l'indescriptibe impression que ce livre me raconte ma propre vie alors que : je n'ai jamais mis les pieds à Barcelone ; je ne suis pas orpheline et mon père n'est pas libraire ; je ne suis pas un garçon. Mais j'avoue que pour le reste, il existe certains points communs.

 

De l'autre côté, Choeur de femmes, de Martin Winckler qui abat ses cartes médicales en même temps qu'il nous entraîne dans un roman à haut potentiel psychologique comme d'habitude. Là c'est l'inverse, je tombe des nues comme si je n'évoluais pas sur cette terre précisément depuis presque un demi siècle. Une bonne lecture donc, pour ma gouverne.

J'ai posté la question sur Facebook : résultat 6/6 ... Il ne me reste donc qu'à lire les deux ;-)

 


mardi 16 avril 2019

Rose-thé et gris souris

Rose-thé et gris souris

Marie-Catherine Daniel

Gephyr, 2019

Ce livre présente l’histoire de Gertrude, installée à la Réunion depuis 3 semaines, qui se construit une nouvelle vie en exil. Écrit comme ça, ça ne vend pas du rêve, mais attendez de voir  : en même temps qu’une étrange relation se noue avec son patron, nous découvrons l’histoire de «  Dégage » un chien de quartier qui décide d’adopter une nouvelle maîtresse. 

Se suivent et s’entrecroisent alors en même temps les aventures de Gertrude et de Dégage, qui se combinent habilement, avec des passages émouvants et de belles rencontres. Le tout avec beaucoup d’humour, des personnages attachants et atypiques, une jolie histoire dans un style fluide qui se lit très bien et qui amène de la joie.

Pour moi, il y a eu quelques phrases pour lesquelles j’ai eu l’impression que des informations sur la pensée de l’héroïne manquaient. Je n’ai pas non plus été surpris par la progression de la trame narrative de l’histoire d’amour, contrairement à celle de la relation maîtresse- chien, qui était surprenante.

J’ai lu en deux ou trois fois ce très sympathique récit, dont pendant un fort mal de ventre, ce qui est gage de sa capacité à immerger le lecteur/la lectrice. C’est un joli mélange de romance, d’histoires d’animaux, d’amitié et d’insolite, que je recommande : pendant une insomnie, par exemple, ou pendant les vacances qui commencent, à une terrasse de café, au soleil.

Joyeux moments à Vous !


mercredi 10 avril 2019

Entendre l'écrit - Denis Daul




En ce temps-là qui dure encore, le sud Lyonnais, sans doute amoureux, avait rejoint le nord de l’Isère. Les idylles tectoniques ont le pouvoir dit-on de générer des astres, on ne peut les atteindre qu’à travers une rythmique tellurique poétique.
Je fus convié à rencontrer un de ces météores, mais avant « d’y faire » selon la sagesse lyonnaise, j’allais m’enquérir de l’épaisseur du gone chez quelques Mères illustres. Elles causaient le franco-provençal devenu celui des traboules.
La dame de Saint-Jean m’enseigna longuement, puis elle jacta lapidaire « Tu le reconnaîtras sans faute, il porte un galurin » et aussi sec bavassa un authentique syllogisme de la Mule :
« Tous les poètes sont chapeautés,
Or Denis porte un galurin,
Donc Deux Nids est un poète ! »
Sa voisine m’avertit que le sieur en question se drapait derrière une antonomase.
Oh ! Mère Guille qu’es aco ? A peine avait-elle pris son élan que sa voisine qui venait de terminer sa cervelle de canut postillonna la solution. « L’antonomase, claironna la mère des Brotteaux, est une figure de style, ça va bien aux poètes, on prend un nom commun et on le rend propre… elle ajouta : c’est du grec… du vrai ! »
Et deux nids, devint Deux Nids…
« J’y crois pas ! Dis-je…
La mère Guille qui voulait rattraper son retard, jacta urbi et orbi : « Y est assez bavassé… écoute ce qu’y dit l’drôle ! »
« Quand je veux faire de bons vers, le tout est de bien prendre la golichinante en commençant. Puis ça va tout seul ! » C’est t’y pas trompeté ça ?
La mère Guille me tendit l’opus du chapeauté et conseilla…
« Brandusse donc pas, vas z’y voir !
« J’y fus, j’y vis et alors j’y crus…



Permettez, mes gentilés, de brosser le style de l’astre. L’homme se présente bien en chair, Villon n’aurait pas renié son froc de troubadour. Il porte barbe de sage, celui qui vécut jadis aujourd’hui autant qu’au futur, l’abord, l’avant, ici et là. Une question surgit : va-t-il au lit chapeauté… d’aucuns le prétendent… c’est un de ses mystères.
J’ajoute que son regard… voit… ce que tant d’autres s’escagassent à percevoir.
C’est à ce regard-là qu’on reconnaît un poète… dit-on, moi je le crois.
Après cette lyonnaise présentation rabelaisienne bien de chez nous, intéressons-nous aux mots du félibre.


Rien n’est plus secret qu’un poète qui vous sourit. Lisons l’œuvre pour atteindre la vibrante moelle… ensuite nous pourrons causer.
Son dernier texte « Entendre l’écrit » se présente sous la forme de 59 orgasmes poétiques sensuels en vers libres… j’ai dit « orgasme poétique sensuel » nuance !
La taille des strophes accepte facilement la période et permet l’amplitude de l’élévation de chaque propos… suivant la richesse du thème.
La rime est croisée, suivie, ou ailleurs en balade… elle aime souvent l’apocope. La plupart des vers ont une métrique de six pieds, la césure n’est ni rebelle ni obtuse et encore moins systématique, elle rythme la cadence des élans du cœur.
Il n’est pas fortuit que deux des vers les plus longs se distinguent pour rendre hommage en rimes suivies à la : « Main du créateur »
« Elle est le prolongement de moi
Elle tient ma plume entre ses doigts »
Notez que si la main tient la plume, le chapeau pouponne les neurones…


Après ce lapidaire descriptif technique, analysons le sens sensuel de l’essence des sens ! Un mot résume le message :
« Aimer »
C’est le titulus de la première strophe, il irrigue l’ensemble du parchemin. Le poème nous offre 9 anaphores qui reprennent ce beau verbe au début de chaque strophe tel un développement programmatique : « Aimer c’est : la surprise, s’engager, dépeindre, accepter la faiblesse, vaille que vaille, respecter, pour donner enfin…
« L’amour en chemin. »
Ce premier texte offre bien d’autres élévations. A l’unisson vibrent les quatre rimes suivies de chaque strophe, la lecture prend alors la résonnance musicale d’une comptine. Modérato-espressivo-andante le texte déclinera le verbe « aimer » mezza-voce-appassionata… cantabilé.
Le vocabulaire n’est en rien précieux, il dit le mot simple et juste. Le vers, par ses cadences et ses élans, nous transporte au chœur des sentiments. Je précise que simple ne veut point dire simplet. Il suffit de huit notes à Mozart pour composer ses sublimes partitions. Simple, mais voilà, certains transcendent avec un minimum, ils esquissent la profondeur d’un ciel, la douceur d’un velours qu’on effleure, la détresse d’un corps souffrant, ou la sensuelle peau de femme que l’on caresse.
Oui, le poète est un amoureux des mots des fleurs des êtres ; il s’offre à ouvrir son âme, parfois, pourtant il exprime sa grogne contre :
« Les promesses périmées »
L’opus développe d’autres thèmes que Deux Nids irrigue de sa création, je retiens… le contact, l’engagement, la tendresse, la maladie, la faucheuse qui veille, le cycle des saisons, les ruptures de rythme… mais aussi les moments perdus, les attentes : une vie en somme.
Une palette d’émotions
Où je puise ma passion...
Vous verrais-je bientôt ??
Me suivre derrière mes mots...
A travers les soupirs, l’instant poétique semble, irrationnel, projette… la plume…
Aime la déraison
Ou donne-moi une raison !!!
Aiment la poésie
En vers... et contre tout !!
Soudain le poème « Et s’envoler » le 13, ce n’est pas un hasard, dévoile la fragilité de l’être. La flamme du luminion a vacillé, sous les chocs de la vie ; le leitmotiv reviendra plusieurs fois dans l’opus :
Qui es-tu blouse blanche
Vers mon corps couché??
Es-tu la dame blanche
Que je vais rencontrer??
Non, ce n’est pas encore son heure, ce n’est pas l’heure, c’est une autre heure, l’heure qui restaure la chair afin de partager ce que Deux Nids a encore à nous confier…
Je ne dormirais pas
Car je n’ai pas tout dit…
Le cycle se poursuit, c’est le miracle de la renaissance du corps par la force de l’esprit… le cœur à tant de choses à partager…
Je n’aurais jamais cru
Pouvoir lui dire je t’aime
Mais dès que je l’ai vue
Ce fut l’évidence même !

Dès lors, nous suivrons les développements syncopés, entre les instants gris et ceux de rédemptions. Le regard devenu attentif, scrute les moments creux… la vieillesse, l’arbre fracassé, la fuite des saisons, l’adversité mais sans cesse revient la vague dominante émotionnelle…
Le bonheur
C’est un instant de grâce
Découvrant dans la glace
Ton sourire moqueur…
Très loin, c’est aussi l’appel spirituel, la voie de Compostelle « Partir », lâcher prise…
La poésie et sa musique
Moi, assembleur de mots
Toi, faiseur de guitare…
Leçon de vie, réalité immanente, cadence des joies et des peines, le poète approche l’espace transcendant… la sagesse… il sait que l’ainsi peut-être transcendé par l’échange et donne un sens à une trajectoire :
J’ai appris la sagesse
Et rempli de tendresse
Mon cœur de vieil amant
Pour au moins deux mille ans…
C’est la force de la poésie que de pouvoir triompher de toutes les décadences par la seule puissance de l’amour.
Et quand sur moi tes yeux
Se posent, délicieux
Je ne peux résister
A l’appel de tes lèvres,
De la plainte amourée
Qui dans la nuit s’élève….
Tu vois Deux Nids… rien n’est plus difficile que de transmettre l’émotion. Nos mots se sont tant usés avec les frottements du temps, il t’a fallu revenir au signifié premier originel pour créer le vrai saisissement qui permet le lien… retrouver la chair du mot.
Loin des pathos, telle une esquisse de Matisse, une appogiature de Mozart, la naissance d’un papillon tu parviens à franchir l’espace incommunicable.
J’ai lu la partition, j’ai écouté les harmonies soyeuses de tes mots, elles atteignent le chœur du cœur… « Entendre l’écrit »… et c’est bien !

Adessias félibre !
Alain














mardi 2 avril 2019

Devine qui est mort - Frédérique Hoy

https://www.amazon.fr/Devine-qui-est-mort-Fr%C3%A9d%C3%A9rique-ebook/dp/B07CSFM1C1


Titre : Devine qui est mort ?

Auteur : Frédérique Hoy

Autoédition

Année de parution : 2018


Cette chronique est écrite pour le Prix des Auteurs Inconnus - 2018-2019.


Secrets de famille

Les premières pages donnent la note... puisque l'héroïne est une flûtiste renommée : l'histoire oscille entre les résurgences d'un passé terrible et la clarté luxueuse de la scène philharmonique parisienne. La flûte est le fil rouge d'une histoire qui traverse une vie entière et dont les variations nous invitent à nous poser la seule question qui vaille la peine :

Comment est-ce que je veux vivre ?

L'autrice est une artiste accomplie puisqu'elle réussit à montrer la victoire de la vie en reprenant le refrain éponyme : "Devine qui est mort ?" Elle dévoile petit à petit, emballé dans l'humour et l'amour, au cœur du secret. Et voilà l'auditeur - oups, je voulais dire le lecteur ! embarqué dans l'histoire universelle des familles qui ont quelque chose à cacher et qui s'y emploie énergiquement, jusqu'au jour où la vérité explose.

Pourtant, le roman évite l'explosion de la révélation par un tour qui m'a laissée pantoise. Une fin savamment orchestrée qui nous fait reconsidérer ce qu'on a lu au début, sans prendre garde, sans y faire attention. Dans ce juste retour des choses, le lecteur se retrouve un peu éclaboussé de la même responsabilité qui entache l'entourage qui a eu tendance à tirer un peu trop vite les conclusions de la situation.

Transformer le mal en bien : l'art thérapie

Dans les secrets de famille, il y a une responsabilité partagée entre les différents membres de l'entourage : ceux qui savent la vérité sans la dire, ceux qui maquillent délibérément, ceux qui voudraient que tout aille pour le mieux et se souviennent d'oublier, ceux qui étaient trop jeunes pour comprendre, etc. Ce méli-mélo est parfaitement visible grâce aux sauts dans le temps et surtout aux souvenirs qui sonnent si juste.

La jeune victime ne juge jamais la situation. Elle l'accepte comme elle est. Elle tente de survivre, c'est tout. Il n'y a ni plainte, ni revendications, ni même de protestations face à l'inacceptable initial. Ce sont les conséquences qi posent problème. Mais il n'y a rien à faire. Devine qui est mort ? est une tragédie moderne, hélas partagée comme l'attestent les archives historiques, belges ou françaises qu'importe. Dans de telles situations, l'enfance se retrouve doublement volée en silence : par l'agresseur et par l'entourage. C'est pour ton bien, lui dit-on. Et elle plie.

Celle qui juge, c'est l'adulte qu'elle est devenue et elle le fait sans détours, sans chercher à diviser la faute, directement. Cette lucidité sur elle-même, sur ce qu'elle est, sur ce qu'elle a été, sur ce qu'elle aurait pu être, est née de l'impossibilité de jouer de la flûte traversière, comme si la pratique de la musique lui avait permis de surmonter son passé. Quand Anne de Morange prend conscience de l'ampleur des dégâts, quand elle a fini par démêler ses souvenirs de la réalité, elle se décide pour une solution extrême.

Pour la fin, j'aurais préféré...

Eh oui, ce n'est pas mon habitude de vouloir transformer les scènes finales. Mais là, j'ai trouvé que l'autrice qui avait tissé un récit subtil, tout en variations, lâchait brusquement les nuances délicates qui nous avaient conduites ici. Le maëlstrom final est un point d'orgue démesuré, reléguant au plus sombre les quelques lumières qui s'étaient faites. Or, j'aurais préféré - Oui je l'avoue, j'outrepasse sans doute les droits du lecteur, j'aurais préféré aller jusqu'au bout dans la volonté de clarté. J'aurais préféré que l'héroïne transforme plus qu'elle ne déguise, j'aurais voulu qu'elle traverse ce tunnel jusqu'à l'autre bout avec ceux qu'elle aime. J'aurais préféré ne pas garder comme un arrière-goût amer, la sensation qu'il était trop tard, que l'essentiel était raté et que la vie ne valait plus la peine.
J'aurais préféré (Moi qui ne suis pas très psy, c'est un comble !) qu'elle entreprenne une analyse d'abord plutôt qu'ensuite. J'aurais préféré que son art lui ouvre une porte dérobée...
Cela dit, je me demande si je ne suis pas atteinte du même syndrome que tous les personnages de ce roman : celui de réécrire l'histoire, de rejouer la scène de façon plus avantageuse, de métamorphoser ce qui est en autre chose, ce qu'on voudrait qui soit.

Alors là, Frédérique Hoy, chapeau ! Vous réussissez même à mettre en doute nos a priori de lecteurs ;-)

Devine qui est mort ? Frédérique Hoy

Pour l'avoir à soi : https://www.amazon.fr/Devine-qui-est-mort-Fr%C3%A9d%C3%A9rique-ebook/dp/B07CSFM1C1
ou encore avec tous les commentaires et citations : https://www.babelio.com/livres/Hoy-Devine-qui-est-mort-/1052274
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Que lire ensuite ?

L'embarras du choix m’inhibe complètement. Dans ces cas-là, je vais discuter avec une boîte à livres de coin de rue. La précédente m'avait offert l'énnéagramme, celle de vendredi un récit de Vercors, demain je traverse la place Guichard...
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lundi 25 mars 2019

Songes Poétiques - Pascal en Rimes


Chronique d'Alain Iametti

"J’ai lu « Songes Poétiques » de Pascal En Rimes.

Avant d’ouvrir un recueil de poésie, je prends une première précaution, celle de m’extraire de la gangue environnante qui oblitère notre sensibilité. Nous avons érigé tel l’oignon des dizaines de peaux protectrices qui étouffent le germe sensible en notre cœur. Dès la première rime, du rythme des mots surgit la tonalité, elle permet d’atteindre l’harmonie, il faudra laisser le corps s’absoudre de la pesanteur.

J’entre chez Pascal En Rimes, guidé par deux boussoles placées à équidistance de ma conscience : l’une est l’émotion de la découverte, l’autre la technique des phrases.

Chez Pascal En Rimes, c’est l’astrolabe de l’émotion qui prend le pas sur la technique.

« Le poète traverse siècle et temps, du présent au temps d’antan. »


Tautologie, parole d’évangile, ou bras d’honneur au matérialisme économique qui nous étreint. L’ « a » grave de l’assonance rythmique nous transporte au début des temps, l’incipit se définit comme programmatique. Le style a franchi les codes anciens des troubadours pour s’exprimer en sa propre syntaxe.

Tournons les pages… engageons-nous sur la voie des « Songes Poétiques »

« écrire c’est… »


Le balancement anaphorique et ses rythmiques déclinent le passage de l’inculture vers la connaissance, mais l’expérience n’est pas sans danger de cicatrices.

Rapidement les rimes délaissent la métaphore pour la chair, oui, le poète est charnel.

« Les lèvres sont des lumières, »


Est-ce pour lui ou le quidam que sa voix réclame à chacun la destinée qu’il mérite ?

« Dans les ruelles du désespoir,

où l’on trouve le plus subtil des espoirs ;

chacun mérite sa place »

Pourtant…

« Puisque plus rien n’est objectif, la rancœur fruit de la rancune »


Ce fruit va jeter l’incompris, le délirant, le rejeté… vers les herbes où il pourra poursuivre son rêve, « sa vision devient panoramique ». Mais toujours ces affrontements contre les murs de bétons de la norme, des stupres, des pensants…


« cafards répressifs » « corruption sociale » « gangrène insidieuse »


L’extralucide sollicite de « Madame ou Mademoiselle liberté : pouvoir d’agir sans contraintes. »

Hélas on lui renvoie, « ce sale pognon… voler devient banal… » Lucide, il entrevoit des séismes… où naissent des angoisses… alors vient l’errance… où l’on sombre.

« à la recherche de la subtile combinaison »


A travers les saisons, la solitude « veux-tu la noirceur de mes émois ? » le transcendant poursuit insouciant… insoumis… décadent… vers son horizon sulfureux… croisant

« les faussaires qui ont ouvert les portes de l’exclusion toujours plus pauvres »

« Comme un cri d’enfants »


Le medium extralucide exsude ses perceptions, le poète n’a pas sa place dans ce monde rationnel… il en crève. C’est sa « passion » pourtant, il n’en déviera pas. Malgré « l’usure du temps » Après ce flot de noirceur, il cherche la synthèse dans l’expression ramassé du « haiku » 5+7+5… dix-sept syllabes lapidaires qui résument un état.

« Si le cœur est mort

Au gré du printemps rêveur

Silence amoindri. »


L’art du sage japonais ne calme pas la violence de soif d’être. L’alcool, aide à supporter la révolte des corps sanglants gisant au Bataclan… un grand maelstrom indescriptible… un enchevêtrement… un effondrement.

Vient lentement des espérances, l’errance poétique libère, il a tout essayé pour oublier et pourtant, il sait qu’il y a tant de drames… tant de femmes victimes… il est conscient impuissant… il ne règlera pas le compte de l’immonde salaud.

L’enfant est de ce siècle, il est sensible, charnel… humain.

« Tous les sens à l’apogée au gré d’érections physiques et cérébrales »


Mais lui, le révolté ne tient pas à être lénifié il a atteint le fond de sa pensée… il sait… il peut formuler ce qu’il a vu dans le songe de sa longue errance… de bateau ivre.

« Ils veulent uniformiser nos pensées


Ils veulent nous isoler


Ils veulent tout contrôler…


Ils veulent


Et ils veulent…"


Le poète rejette le diktat, alors il rompt… solitude volontaire… de loin, il observe… sans doute jusqu’à son prochain Songe Poétique…

« j’étais tout là-haut dans ce phare »



J’ai lu d’un trait « Le paradis des ombres » Songe qui me laissa songeur… abstraction ou réalité… métaphore ou littéral ? Quittant l’espace sensible, je me drape à présent des techniques pour comprendre la forme, celle qui fait saigner la révélation. Pascal En Rimes tel Nietzsche qui « philosophait à coups de marteau » cogne sa vérité. Le texte du songe se divise en LV chapitres… on notera que la numération est exprimée en chiffre romain… comble de l’archaïsme pour un poète du XXIème siècle… un clin d’œil, une fleur de rhétorique…

Chaque texte bien que répondant à la technique de la rime, se développe selon le mode en cascade des mots, moins de signifié et plus de signifiant. Les phrases s’enchaînent à coups de maillet sans liant lien embrayeur qui font la douceur bien propre des jolis textes arrondis… des professeurs bien tempérés « N’est-il point mon cher ? » Je préfère les phrases martelées dépouillées d’artifices lubrificateurs.


Pascal est celui qui révèle sa vérité. On n’est pas obligé de souscrire à ces noirs tableaux, chacun s’adapte à sa mesure dans l’environnement social « à chacun sa lecture de la société » Mais, Pascal est un révélateur qui nous interpelle sur nos réalités face aux autres…

Il écrit selon un style maîtrisé… on a le droit d’aimer sa poésie… c’est mon cas… sa rêveuse vérité nous questionne, laisse en nous un écho moins rêveur que songeur… N’est-ce point l’alpha et l’oméga du poète

   « faire bondir ses mots. »?



Merci à Alain Iametti

Retrouvez Pascal en Rimes au Salon de l'autoédition et sur Facebook

 

 

 





















vendredi 15 mars 2019

Le Chant de la Persévérance Cyril Mikolajczak

Voici la lecture de Martine :


"Connaissez-vous 1000 milliards de poèmes de Raymond Queneau ? J'ai pensé à ce livre en lisant Le Chant de la Persévérance de Cyril Mikolajczak.
La présentation m'a surprise.
Son livre est sombre, rouge et noir, et cet homme, renversé, semble être un vampire dévoré par un autre vampire... Pour dire le vrai... il fait un peu peur !

La forme.
Quand on l'ouvre et qu'on le lit (que je le lis, plus précisément, devrais-je dire !) J'ai aimé la construction de certains textes page 9, 19  ou 14, par exemple car la lecture peut se faire à différents niveaux, dans plusieurs sens, elle n'est pas linéaire. Les répétitions, les mouvements, les jeux de miroir sont intéressants.

Le fond.
Les poèmes que j'ai lu sont ancrés dans un réel parfois (Ce corps que je hais, Le fouet de mot) mais pas toujours (Les essuie-glace ou Le feu se consume) sombre qui s'évade dans un imaginaire tout aussi noir (comme les couleurs du recueil). On ne sait si l'auteur est si mal en point que cela ou s'il s'ancre dans  un monde en perdition... 

Est-il si désespéré que cela dans la vie ?!"

L’évasion de Benoit Tocaccieli

La chronique de Martine.


"C’est un roman choral de 190 pages.

Pour résumer… voici celui de la 4è de couverture : Dès qu’Alice ouvre un livre, les personnages qu’il contient prennent vie dans la réalité.
Pour son dixième anniversaire, ses parents lui offrent son premier roman policier. Au même moment, un mystérieux tueur en série commence à sévir. Quand Alice découvre ça, c’est la panique ! Elle décide alors de partir à sa recherche pour le neutraliser. Pourra-elle compter sur Pompon, son chat qui rêve de conquérir le monde ? Comment réagiront ses parents, deux adultes enfermés dans leur quotidien ?



Ma « critique » :


Je pense qu’il s’adresse aux ados et préados à partir de 12 ans, l’âge de l’héroïne.

J’ai vite été absorbée par le livre. L’histoire est pleine de fantaisie, comme celle d’Alice, à l’imagination débridée qui voit en chaque passant, clochard, ou grand-père de son quartier un personnage d’un livre qu’elle a lu.

Les jeunes et leurs parents se reconnaîtront dans cet univers où l’école n’est pas toujours un monde facile, où la monotonie de la vie de couple s’installe, où les parents s’engueulent au sujet de l’éducation de leurs enfants, mais où la passion (lecture, musique, peinture) aident à s’échapper du ronron quotidien pour le plus grand bonheur de chacun. Après, cet assassin d’enfant, est l’élément perturbateur qui « aide » cette famille à se retrouver enfin. Une originalité, à la fin du livre, vous avez une page blanche dédiée à chaque personnage (le père, la mère, Alice, son chat et l’assassin d’enfants) pour poursuivre l’histoire à votre façon et ainsi leur permettre de s’évader du roman..."

samedi 2 mars 2019

L'utopie des fous



Titre : L'utopie des fous

Auteur : Anthony Boucard

Editions : IS Editions


Année de parution : 2018


Cette chronique est écrite pour le Prix des Auteurs Inconnus - 2018-2019.

 

Est-ce l'empereur qui rêve qu'il est fou -ou l'inverse ?

Placer une intrigue dans un centre d'accueil psychiatrique, c'est annoncer la couleur : le décentrage va donner un point de vue nouveau sur les enjeux du récit. Et en même temps, c'est un retour aux sources, à l'essentiel, à l'humanité même. L'effet romanesque est attendu en quelque sorte : en opposant la société "normale" au groupe divergent des malades mentaux, on finit par s'apercevoir de l'inversion des valeurs : l'humanité n'est pas du côté où on l'attend.
Dans L'utopie des fous, Anthony Boucard utilise ce procédé sans insistance cependant, comme un point de départ en quelque sorte. C'est l'occasion aussi d'opposer le calme du présent aux affres du passé. Le titre est particulièrement bien choisi avec son ambiguïté grammaticale. D'après les premières pages qui décrivent une émouvante idylle, je comprenais que le foyer d'accueil était ce paradis, cette utopie, ce havre d'amour en dehors du désastre du monde. En refermant le livre, je me dis qu'il est plutôt question de la propension des fous à n'être nulle part, à évoluer dans un espace-temps qui leur appartient, à être abstrait du monde, entre la vie et la mort peut-être dans un nulle part utopique.

La tragédie contemporaine


La quatrième de couverture mentionne Roméo et Juliette. Comme on a l'habitude de la comparaison, on peut ne pas saisir au premier abord toute la dimension tragique de ce mythe associé ici à l'histoire de la seconde guerre mondiale et qui prend une intensité nouvelle. L'horreur est à la hauteur de l'amour. L'immersion est immédiate, le suspense addictif. Chaque personnage, généreusement dépeint, suit une évolution dictée par sa destinée, comme annoncée, et pourtant, les révélations distillées dans le récit sont énormes. On revisite alors les idées de ce conflit, de cette défaite, de la propagande, des simplifications. Collaboration, terrorisme, résistance,occupation, libération, humiliation, culpabilité, responsablité : comment survivre en 1944 ? La succession fatale des événements oblige à repenser les caricatures des manuels d'histoire et pet-être les parcours personnels et familiaux. La loi des causalités est implacable et l'effet papillon des actes personnels remet en question même nos actions quotidiennes - aujourd'hui même. Est-ce cela l'effet cathartique des tragédies ? Non pas un soulagement d'échapper à de telles situations, mais plutôt un ancrage réévalué dans le présent, graine d'avenir et fruit du passé. Enfin, à l'inverse des mythes antiques, ce ne sont pas les Dieux qui ont rendu fous les hommes, ni les souverains qui font le malheur de leur peuple, mais bien chacun-chacune qui, faisant un choix égoïste, provoque la folie d'une société qui rejaillit sur chacun en cercle vicieux. A ce compte-là, qui peut condamner son prochain ? C'est au lecteur d'établir des rapprochements dans un récit aux flashs backs de plus en plus rapides.


Construction de la mémoire et de l'oubli

Il est clair que l'ordre chronologique a tendance à gommer les corrélations entre les causes et les effets. Dans L'utopie des fous, on explore le présent en rétablissant les liens avec les événements du passé qui l'ont déterminé. Certains objets prennent alors une dimension supplémentaire de pièce à conviction : le collier en bois sculpté, le couteau à manche ouvragé, la paire de ciseaux, etc. La mémoire a un rôle de reconstruction et il ne s'agit pas d'enjoliver ni d'assombrir les faits mais plutôt de les relier correctement les uns aux autres. Dans une vie, dans celles de l'entourage, un mot peut faire une différence incommensurable, et en même temps, la chaîne d'événements rendue réelle par un choix minuscule aurait peut-être existé tout de même, sans ces paroles fatales. Les coupables du cauchemar sont-ils ceux que la mémoire place au devant de la scène ? Une phrase revient en tête de chapitre :

"Il faut que je me souvienne encore et encore de ce que nous avons été et de ce que nous sommes devenus. Il faut que je me souvienne pour que les belles choses me donnent la force et que les mauvaises me condamnent."

C'est une réponse à l'utopie du présent, un appel à la réflexion au sens étymologique du terme, un discours pour la paix.

Que lire ensuite ?

Sur quoi reposent nos infrastructures numériques ?, Le travail invisible des faiseurs du web, Nadia Eghbal

C'est l'effet palimpseste du numérique : les auteurs contemporains écrivent grâce à d'autres écrivains des coulisses: les programmeurs. Il y a forcément des incidences. Mots-clés, rythme de lecture, écran vs page, défilement vs feuilletage, tcd (Temps de cerveau disponible), interférence des think tanks, etc. En plus, l'ouvrage est diffusé grâce à Framabook, qui parie sur le livre libre.

L'Utopie des Fous, Anthony Boucard

Pour l'avoir à soi :  https://www.amazon.fr/Lutopie-fous-Anthony-Boucard/dp/2368452613

ou encore avec tous les commentaires et citations : https://www.babelio.com/livres/Boucard-Lutopie-des-fous/1058412

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jeudi 21 février 2019

Couteau Aiguisé








Titre : Couteau Aiguisé

Auteur : Thibaut Higelin

Editions : autoédition/ Bookélis

Année de parution : 2018



Cette chronique est écrite pour le Salon de l'autoédition


Politiquement correct s'abstenir

Le roman est court et bien défini dans son genre : thriller (surtout vu la couverture).

Le cas typique du tueur en série poursuivi par un flic au bout du rouleau mais déterminé, mû par une foi invincible en son idéal de justice et qui tient vaillamment le choc face aux atrocités auxquelles il est confronté. Le représentant des forces de l'ordre se défoule comme il peut, notamment en commentant les actions avec une vulgarité mesurée tout de même.

Jusque là, tout va bien.

Les points de vue se croisent entre les différents protagonistes et finalement le meurtrier est assez facilement identifié. 
"Ah ! Facile alors, ai-je pensé, toute contente d'avoir bien suivi les méandres de l'affaire."
Pourtant, il y a quelque chose qui cloche. C'est trop gros. Le comportement de ce type et les choses qui lui arrivent sont trop bizarres.

"Bon, c'est un indé - peut-être un style nouveau qui m'échappe un peu."

Il y a des réactions aussi qui me mettent subtilement mal à l'aise : le passage en justice, trop rapide, drôlement argumenté, trop décalé. C'est exactement cela. Ce décalage, c'est l'imagination au pouvoir. L'imagination qui ne s'encombre aucunement de considérations philosophico-politiques, qui fonce dans le tas, qui roule à 100km/h.

La lumière au bout du tunnel

Parce que ce roman se lit à 100 à l'heure, comme si on se retrouvait au volant du taxi dans Taxi 3, et/ou à la tête du gang de Pulp Fiction, et/ou dans n'importe quelle série télévisée où les actions s'enchaînent à Vitesse grand V. L'auteur utilise toutes les armes du langage : idées toutes faites, expressions, clichés... pour nous mener par le bout du nez. 

"Non, il ne va pas oser !?!"

C'est la fin qui est absolument surprenante. Elle m'a prise complètement de court et je dois faire mon mea culpa sur tous les détails pourtant soulignés avec insistance que j'ai négligés dans ma lecture.

"Eh bien si ! Il a osé !"

 A la fin, j'étais un peu coupable d'avoir appuyé sur le champignon de la lecture sans prendre garde à la nuance. En fait, je n'avais pas focalisé mon attention là où il le fallait, en prenant les personnages pour des acteurs de série B.

Roman à lire en cas de coup de blues

Je ressors de cette lecture comme d'un tourbillon. Parce que le style de Thibaut Higelin est rapide, différent, qu'il bouscule les habitudes et en même temps, il me remonte le moral comme quand je regarde une série bien intentionnée sur Netflix. 
Sans se prendre au sérieux, l'auteur aborde les sujets les plus essentiels qui soient : la vie, l'amour, la mort.
Du coup, je pense à un autre auteur, scénariste, de mes connaissances : Vincent Désiré. Il y a sans doute des liens à nouer entre des styles si nouveaux et si sincères.

Que lire ensuite ?

L'Utopie des Fous, d'Anthony Boucard

Le mois de mars s'approche à grands pas. Et le Prix des Auteurs Inconnus continue de faire tourner le monde.
Merci à Julie Perrier et son équipe de leur soutien aux Indés !


Couteau Aiguisé - Thibaut Higelin


Pour l'avoir à soi :https://www.fnac.com/ia7420774/Thibaut-Higelin


La page Facebook de l'auteur : https://www.facebook.com/OfficielThibautHigelin/

La fiche Bookstation de l'auteur : https://www.book-station.fr/profil/auteur-trice/thibaut-higelin


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