jeudi 9 juillet 2020

Les trois vies de l'homme qui n'existait pas - Laurent Grima

LLes trois vies de l'homme qui n'existait pas



A quoi ça sert d'écrire ?


Cette question est revenue tellement souvent dans ma vie, sur l'air de "Mais pourquoi tu fais ça ? quel est l'intérêt ?" A chaque fois, j'essayais de trouver. Vraiment. En rentrant comme un escargot au fin fond de ma coquille pour trouver ce je-ne-sais-quoi qui donnerait une raison à l'activité aussi inexplicable qu'incompressible de noircir des feuilles blanches. Et à chaque fois je trouve non pas une, ni 3, ni 10, ni 15 mais mille raisons d'écrire :
  • explorer des paysages intérieurs
  • vivre par procuration
  • composer un air qui me touche
  • activer une autre fibre de la réalité
  • m'amuser
  • rêver
  • inventer des mondes
  • clarifier mes idées
  • justifier mes actions
  • expirer
  • m'inspirer
  • dessiner
  • ...
Je vous la fais courte car il en existe autant pour moi que de grains de sable dans le désert. Et pourtant, malgré tout cela, je ne me suis jamais autant approché de la nécessité absolue et existentielle de l'écriture que Laurent Grima : non seulement son personnage revendique son existence par et dans la poésie, mais en plus le projet littéraire de l'auteur déborde largement le cadre romanesque. 
Ce n'est pas un roman, c'est un manifeste ! L'élan intérieur du héros est un formidable prétexte (lisez pré-texte, le texte avant le texte) à un discours absolument subversif. Si la littérature est une arme, Les trois vies de l'homme qui n'existait pas est un bazooka.
Et le lecteur est complice. 
Aaargh ! Impossible de faire autrement.

L'imagination au pouvoir


Le postulat de départ est un peu fantaisiste : les pérégrinations d'un orphelin élevé sans papiers et voué à la fuite. Quoique...Quoique oui, à la réflexion, on imagine bien que notre réalité est loin d'être aussi lisse que les reportages de TV5 Monde sur une France diplomate et paisible. Et ces SDF ou ces réfugiés dont la tragédie clignote aux actualités du 20h doivent bien continuer à exister une fois la vaisselle dûment essuyée et rangée... A la réflexion, compte-tenu du dédale de l'état-civil, il se pourrait bien que d'aucuns s'y perdent. Par négligence sans doute. Par ignorance peut-être. Des fous. Des déchus. Des marginaux. Par choix, au fond. Par non-choix, peut-être ?
Et les bonnes raisons bien-pensantes qui étouffent pudiquement le feu d'artifice de la vraie vie jettent un voile bienvenu sur ces destinées qui font peur...

Aucune description de photo disponible.

C'est là qu'intervient Laurent Grima, à pieds-joints dans le minestrone, avec des idées loufoques et le sens du rebondissement savoureux. Avec un art consommé de l'immersion, il inverse le monde : la normalité et l'anormalité changent de sens. L'improbable gant mappa du départ devient juste une évidence à la fin. Je me demande si notre auteur est un fan du Reversi/Othello mais son roman illustre parfaitement les retournements éclairs des bons coups de ce jeu passionnant. Offrez-vous une partie et si vous aimez la sensation de continuels resets intempestifs, lisez Les trois vies d'urgence !

Littérature engagée ?

Au XXIème siècle, pensez donc ! Dieu est mort, les idéologies aussi, même les luttes (des classes ou autres) ont l'air un peu fanées. Les masques sont tombés - et je l'écris avec plaisir en ces temps étranges. Pourtant pas de doute : ce roman s'engage et il n'y va pas avec le dos de la cuillère. Il y a des vérités bien vues, des phrases cultes, des passages mémorables, des couperets assumés et des anecdotes rigolotes. J'aurais voulu connaître davantage encore le Tony baratineur, l'impitoyable Günther et le doux Antoine. En même temps, je me disais qu'il était temps sûrement de réanimer mes autres "moi", celles qui n'ont qu'un second rôle dans ma comédie d'aujourd'hui. C'est très tentant même...
J'ai refermé le roman comme si je me réveillais d'un drôle de sommeil, gonflée à bloc, prête à pulvériser la première compromission/trahison venue ! Toutes mes pensées à celles et ceux que j'ai connu.e.s en borderline et qui ont peut-être eu aussi 3, 10 ou 15 vies à vivre en même temps.
La prise de conscience fait grincer des dents mais elle est salutaire ! L'auteur le sait bien d'ailleurs car vu le confinement, il a ajouté en guise de postface une adresse au lecteur qui confirme effectivement qu'il a bien installé le baril de poudre, posé la mèche, craqué l'allumette et enflammé les pages que le lecteur a justement entre les mains.




PS : La couverture est top, vous ne trouvez pas ?

Que lire ensuite ?

C'est Ein Brera, ou Liverpool Connection qui me font envie ... parce que je connais Lisa Giraud Taylor, que j'aime sa légèreté de velours et son humour de fer (Je ne sais pas qui m'avait dit que l'ironie avait une origine anglais - iron = fer ;-) ) Je tente un service presse et en attendant, je vous laisse savourer les vidéos de Lisa qui se livre #ItemLiz :




Et en spécial dédicace à Lisa un bon anniversaire le 12 juillet pour sa chaîne Youtube !

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lundi 22 juin 2020

Errances d'un Pantouflard - Jean Benjamin Jouteur






Titre : Errances d'un pantouflard
Auteur : Jean-Benjamin Jouteur

Editions : Jean Bart Editions

 Année de parution : 2020


Et rendez-vous le 24 octobre 2020 à la Journée du Manuscrit pour le Grand Prix ! Commentez par ici : http://www.lajourneedumanuscrit.com/Errances-d-un-pantouflard



Cette chronique est écrite pour le salon des Indés en Ligne

Le youtube immanquable : L'Indé du Jour

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Twitter : https://twitter.com/IDL_Lyon

Instagram : https://www.instagram.com/lesindesdulivre/

Je proteste !

 

C'est sûr que JBJ est un magicien de l’émotion, qu'il nous offre une magnifique plongée dans un road-trip d'une parfaite intensité, qu'il nous a concocté de l'authenticité à haute dose qui pourrait réconcilier avec eux-mêmes les plus écorchés-vifs, qu'il a su éclairer le détail qui tue, choisir le décor le plus assorti, les marques les plus mythiques et que j'ai passé la majeure partie du temps à me dire : "Ah ! C'est vrai, moi aussi !", que j'attendais chaque soir avec gourmandise pour lire un petit bout....
MAIS !
Mais c'est trop COURT ! On n'a pas le droit de laisser les personnages et le lecteur en plan. C'est un truc à se fâcher avec ! 
Je n'en croyais pas mes yeux : au début, j'ai même cru à une plaisanterie, cette fin de partie, cette page tournée sur le premier chapitre. Le pire, c'est que j'avais lu le même reproche déjà dans d'autres chroniques et avis: la fin n'en est pas une, c'est juste une page normale après laquelle l'histoire a mille raison de continuer, les personnages de poursuivre leur destin et les Combes d'exister encore un peu, même si ce n'est qu'un souvenir du Grand Jean.
 Jamais la mort d'un chanteur connu ne m'a semblé aussi tragique...

L'autobio & le carnet de voyage 
https://www.jds.fr/medias/image/le-gigot-de-sept-heures-13873-600-600-F.jpg


Le carnet de voyage est à l'autobiographie ce que le Saint-Estèphe est à un gigot d'agneau à la cuisson de sept heures ou encore ce que la Bufflette est au Condor Narquois (Lisez : "ce que la Kawazaki est au narrateur de ce récit") : un booster énergétique.  
La connexion entre le dehors et le dedans, la société et la conscience, entre les idéaux du narrateur et les revendications des autres est troublante. Les errances du grand cornichon sont celles d'une génération, d'une époque floue  qui cite Brel en écoutant les Pink Floyd et qui ne mâche pas ses mots. Chaque personnage porte haut et fort ses convictions, dans sa colère pour Eliane, son évanescence poétique pour Dahlia ou son détachement à tout prix pour Victor. Chaque personnage est un étendard à lui tout seul, fier représentant d'un destin extrême et poussé jusqu'au bout, qu'on apprécie grâce au sens aigu de l'observation de notre futur psychopraticien (Ben, ce n'est pas un secret tout de même !) qui se tient à distance quand même...style Lombard - Przeżyj to sam !

Le courageux équilibre, c'est que l'auteur a résisté à la tentation d'embellissement ou d'enlaidissement de soi - juste qualité de comédien ! Il devient un personnage aussi fort et vrai que tous les autres mais tellement proche du lecteur et capable de tutoyer son père : une performance stylistique remarquable ! Dans ce récit magnifique, JBJ est le joker*, il s'adresse à tous et à toutes au travers des pages et des années.
Tambour battant, celui qui sait dire "Je" sans dire "Moi" a la puissance et la clarté d'une vie assumée. Alors bien sûr, il y a le bouclier de la mention "romancée". Où commence la vérité ? Où s'arrête l'imaginaire ? Je pense pour ma part que Boris Vian nous apporte la réponse à ces questions dans l'avant-propos de l'Ecume des Jours : "...l'histoire est entièrement vraie puisque je l'ai imaginée d'un bout à l'autre".

J'ai vraiment eu l'impression d'être ta pote de galère

Comme toujours, l'autobio est un récit Happy End : forcément, si l'auteur est là pour mettre le point final, c'est qu'il est debout. Alors on n'a jamais peur pour le pantouflard qui se défonce aux pétards et qui ne trouve pas sa voie. On sait que le parcours est initiatique et que les errances ne sont que les raccourcis qui révèlent la saveur des jours : amère ou sucrée, au goût de chewing-gum délavé peut-être mais au final pour le meilleur - et que vivre consiste à risquer d'affronter la vie comme elle est : risquée justement, sans trucages, incompréhensible.

Et finalement, nous, on est à fond dans l'empathie, cher JB.

Alors tu leur en veux peut-être aux copines, à Claire, à Dahlia, et tu te vengeras peut-être (ou pas) dans la suite, mais elles t'ont rendu un fier service. Si ça se trouve, sans leur traîtrise, tu aurais fait carrière dans la barbe broussailleuse et dans le ravitaillement de rouge qui tache dans les bidons de lait, ou pire encore dans la routine planplan du métro-boulot-dodo. Et tu ne serais pas là pour nous raconter tout ça. La vie tient à un fil si fin parfois...

Bref, tu l'as compris, on est 100% avec toi pour la suite, que j'espère encore plus romancée, encore plus fantaisiste et surtout très très très longue. J'ai même un conseil pour toi, pour arriver à prolonger le plaisir magnifique des errances : Marcel.(Bon j'avoue, il a l'air un peu classique, vu de loin, Marcel mais il ne faut pas se fier aux apparences et avec la voix de Dussolier, ça passe crème !).

Bon je ne sais pas pourquoi je m'autorise de telles familiarités tout d'un coup - je me demande si les errances ne sont pas contagieuses.
Je te laisse les mots de la fin :





Errances d'un pantouflard | jean-Benjamin Jouteur


Que lire ensuite ?

Le nouveau Sylvie Etient m'attend déjà. J'ai lu le précédent : de la tendresse pour guérir les blessures et de l'humour parce que la vie est belle, si on y réfléchit bien ! Le titre est un programme : Ce qu'elles préfèrent dans le mariage ! On ne sait jamais, voilà qui pourrait m'encourager ;-)
Et d'après ce que je pense, c'est une avant-première et je suis impatiente de me lancer dans cette bêta lecture... En attendant la parution, retrouvez l'auteure en mode "Salon des Indés en ligne"






* Pour comprendre l'allusion au Joker, lisez Théâtre participatif - Des Maux en actes du même auteur. C'est édifiant et surtout on a l'impression que tous les livres de JBJ sont en 3D : lisez, vous verrez bien :-)






























lundi 8 juin 2020

Si c'est pas sûr, c'est quand même peut-être - Magali Discours










Titre : Si c'est pas sûr, c'est quand même peut-être

Auteur : Magali Discours


Editions : Librinova

Année de parution : 2019




Cette chronique est écrite pour le Prix des Auteurs Inconnus- Sélection 2019

https://www.facebook.com/prixdesauteursinconnus/

https://www.instagram.com/prixdesauteursinconnus/

https://twitter.com/prixdesai



Amis collectionneurs, bienvenue dans la brocante littéraire de Magali Discours !

D'après le CNTRL, le mot "discours" est emprunté au latin classique discurrere « courir de différents côtés, se répandre » : c'est le pseudonyme idéal pour une autrice qui s'est fixé comme objectif de réunir les pièces du puzzle de la vie du Papé - et accessoirement de celles qui gravitent autour de la sienne, d'une manière ou d'une autre. (D'ailleurs, je me demande si ce Papé est quelqu'un de sa famille ?-la dédicace me le laisse croire...)

Biographie d'un inconnu peut-être, ce roman au titre improbable prend plaisir à établir des liens, entre la Grande Histoire et ses héros d'un jour ou de toujours et la petite histoire de nos vies quotidiennes.L'histoire se passe en 2005, mais aussi dans la période juste avant pour les préparatifs, en 2004, et nous offre des flashbacks dans la seconde moitié du XXème siècle, celui des guerres et des prémices de la mondialisation... On passe du 22 à Asnières à internet.

La narratrice navigue entre ses trois fils, qui forment la trame de son histoire et se rejoignent comme par magie, et comme une évidence à la fin du roman - remarquable de sobriété. Elle tricote les récits d'après guerre, les bonbons à l'anis, les chansons d'époque - dans une playlist tellement familière ! Elle entrelace le prosaïque et l'idéal, la vie, l'amour, la mort, le meurtre et le suicide, les rires et les désespoirs. J'avais souvent les yeux trop embrouillés pour continuer ma lecture et les pensées en vagabondage...

Le détail de nos vies, ne serait-ce pas l'essentiel ?

Magali a réussi à mettre en parfaite adéquation le fond de son discours ;-) et le scénario de son histoire. En traversant ce magasin de curiosités qu'est ce récit où le vrai et la fiction s'entrecroisent et se mélangent, je me disais bien qu'au fond, l'éphémère et l'insaisissable sont l'écume qui restera de nos vies, si intenses soient-elles.

La plume poétique de l'autrice invite tellement à l'identification comme une plongée dans les rôles : la matrone généreuse, l'artiste déchu, l'écrivaine (un brin) cynique, l'étudiant acharné, la femme jalouse ou délaissée, l'ami engagé, l'exilé solitaire, l'orpheline un peu perchée... qu'au fil de ma lecture, je pense m'être successivement confondue avec chacun de ses personnages, définis par leur part d'humanité, sans justification et sans fioriture, juste avec le suspens de ce qui arrive quand on n'a pas tout prévu : et on ne peut jamais tout prévoir...

Restent alors l'accordéon même si personne n'en joue plus, la nostalgie d'une époque quand on en a finalement gommé les ignominies, et qu'on peut s'attendrir sur les documents jaunis qui s'en tiennent aux faits infimes et les fleurs bleues séchées des souvenirs reconstruits comme on aurait voulu les vivre...

C'est la vie qui va

Cette histoire aurait pu être aussi déchirante que La Strada de Fellini.
Ce qui nous sauve de la tragédie, c'est le regard de la jeune troupe de théâtre amateur qui dispose les valises de ce bourlingueur de Papé dans l'ultime mise en scène de sa vie. Avec un  effet Vache-qui-Rit (Lisez "mise en abyme") bien mené, il nous aide à accueillir cette histoire tragique qui est la nôtre mais qui ne se reproduira pas - sur cette même forme en tous cas. "Ces gens-là", patinés par le temps, ont perdu de leur âpreté et les"peut-être" d'autrefois se sont transformés en "sûrement" d'aujourd'hui...

A sa manière, notre jeune troupe en recherche du passé esquisse les premiers pas d'un avenir vibrant d'espoir et d'interconnexions où la liberté est une promesse. Elle redéfinit la famille. Ce devoir de mémoire est un tremplin vers la paix. J'espère qu'il y aura une suite avec le prochain spectacle de cette équipe de rêve.

En refermant ce livre, j'imagine en souriant ce qu'on pourrait trouver dans les valises de ma vie : des automatic pens peut-être, des colliers de pâte et pas mal de courants d'air ;-)
Post-scriptum : toute ma gratitude pour la socca  - à défaut de celle de Renée et de la tante Edmée qui cloquait sur la tôle, je tenterai celle du plat pyrex gratiné au four à fond - et ça tombe bien il ne fait pas trop chaud aujourd'hui ;-)




Si c'est pas sûr, c'est quand même peut-être... | Magali Discours

Merci à la MEP pour les images des collages de Prévert

Que lire ensuite ?

C'est "sûrement peut-être" : j'ai rendez-vous avec Les Errances d'un Pantouflard de Jean-Benjamin Jouteur, une autobiographie qui me fait peur car je pourrais bien y retrouver ce que justement je voulais éviter...Déjà au moment de la couverture, j'avais choisi la version artistique - colorée - et peine perdue, l'auteur ne l'avait proposée que pour ressentir cet élan qui le portait vers l'ombre portée... Ce détail en dit long sur les fantômes qui vont jalonner son chemin et lui que je ne crois pas pantouflard en seul instant - sinon par goût du camouflage peut-être, va (encore !) bouleverser ma vision du monde.
Affaire à suivre !

Et rendez-vous le 24 octobre à la Journée du Manuscrit pour le Grand Prix !












vendredi 22 mai 2020

Danse, Danse, Montagne agile - J-F Leger









Titre : Danse, Danse, Montagne agile

Auteur : Jean-François Leger


Editions : autoédition/Amazon

Année de parution : 2019


Cette chronique est écrite pour le Prix des Auteurs Inconnus- Sélection 2019
https://www.facebook.com/prixdesauteursinconnus/
https://www.instagram.com/prixdesauteursinconnus/
https://twitter.com/prixdesai

ainsi que pour le Salon Les Indés du Livre en ligne ! - Edition 2020

Le Silence est d'or

J'habite en ville comme presque 67 millions de Français, soit 80% de la population.

Je me réveille au signal de la benne à ordure ; je prends mon café au rythme de la circulation routière ; je ne cille même pas aux sirènes des ambulances ni à celles des antivols, ni aux ronflements des motos ; j'ai complètement intégré la sonnette de l'appel ascenseur, le patassement des voisins du dessus, les engueulades des voisins du dessous. Heureusement qu'il y a le Parc du Vallon avec les croassements hystériques des corbeaux, les batailles criardes des pies, les pépiements des moineaux, le roucoulement des tourterelles.
Pour m'encourager, je choisis une musique adaptée à mon état émotionnel, allant du Power Metal à la complainte Lyndalemesque (Eeeeeeeeeeeeeeeeh oui...) en tapant à toute vitesse sur mon clavier.

Rien à voir avec la musicalité céleste du roman de Jean-François Leger.

C'est un roman qui se lit avec les oreilles écarquillées. Comme quand on ouvre grand les yeux dans l'obscurité totale... là, c'est pareil, mais avec le son.

L'auteur n'y va pas par 4 chemins : en quelques pages, il nous a décrochés de la cacophonie ambiante et nous a propulsé dans un espace-temps universel, imprégné de paix, d'amour et d'harmonie. En un instant, il a tissé l'histoire merveilleuse d'un monde de vibrations où tout est interconnecté : l'astronomie, les mathématiques, la musique, les tartines de beurre saupoudrées de chocolat.

Quand je suis entrée dans cette histoire, il s'est créé un certain silence en moi.
Qui m'a laissée respirer.



Pourtant, rien ne manque dans cette évocation contemporaine: ni les plus petites tensions familiales de cette vie quotidienne qui nous pilote plutôt que l'inverse, ni les considérations philosophiques que nous ont léguées les plus anciennes des civilisations, voire même notre planète elle-même. Mais ça ne crisse pas, ça ne crispe pas, tout est fluide. On révise nos sources : pourquoi une heure fait 60 mn, d'où les jours de la semaine tiennent leur nom, pourquoi ils sont 7 et comment traduire le nombre d'or en intervalles...

Prendre de la hauteur et garder ses sens en éveil

C'est la magie du livre : être là et ailleurs, tourner des pages et rêver, se détendre et vivre des aventures rocambolesques.
Enquêtes et mystères se métamorphosent dans un ruban de Möbius surprenant : c'est au loin qu'on trouve ce qu'on a dans la poche. J'avoue qu'au démarrage, je n'ai pas trop cherché les indices... J'ai flâné...J'ai traîné dans les ateliers, j'ai observé les machines, j'ai lambiné entre les pages des manuscrits, je me suis égaré dans Ghardaïa, Istanbul, Grenade, j'ai regardé les étoiles...
Mais à la fin du roman, tout s'accélère : j'étais à fond, je dévorais, je devançais. Mais je ne vais pas vous dire pourquoi ; vous le verrez vous-même.
D'ailleurs, j'ai particulièrement apprécié le parti pris de la jeunesse. Cette posture permet de laisser les portes ouvertes. Comment souvent, ce sont les jeunes qui sont le plus en éveil et qui n'ont pas catégorisé le savoir, qui se lancent à la découverte avec des yeux neufs, en regardant le passé autrement. Ce deuil est un parcours initiatique, qu'on lit comme on se baigne dans la fontaine de Jouvence ;-)

Nous buvons la même eau que les dinosaures

La sagesse du monde, en fin de compte, elle est peut-être juste là devant nous, dans les accords et les harmonies qui nous entourent. Pour moi, le message est clair : vivons, voyageons, apprenons, soyons des artistes, rencontrons-nous dans le laps de temps qui nous est imparti...Cette enquête qui s'évade autour de la Méditerranée souligne nos points communs plus que nos différences. Danse, Danse, Montagne agile est un récit d'aventure, de cette formidable aventure qu'est notre vie. Il suffit juste de s'en souvenir...


Du coup, je revois mes playlists et je tombe sur Poem of the Atoms Rumi mis en musique par Armand Amar, un ricochet magnifique que je lierai désormais à la prose legerienne :-) C'est ce qui me fait dire que ce livre est "vrai" à sa manière car il réussit à transporter dans la réalité du lecteur ou de la lectrice - en l'occurrence la mienne, le mouvement qu'il a imprimé à ses personnages. Magie des livres...
Et comme cerise sur le gâteau, il m'a donné une idée dont j'ai bien besoin en ce moment : les marchands et les commerçants sont par nature les constructeurs de paix du monde, car ils ont intérêt à développer les relations humaines comme vecteurs d'échanges. Commerçons donc !


Danse, Danse, Montagne agile, Jean-François Leger

Pour en savoir plus ou moins sur l'auteur ;-), rendez-vous sur la page exposant.e.s du Salon des Indés en ligne : https://idl-lyon.fr/j-f-leger



Que lire ensuite ?


Grâce à J-F Leger, le goût de la musique m'est resté - et je connais un auteur qui associe chacun de ses titres à une playlist. J'ai nommé le très prolixe Michel Juste !

Rendez-vous sur sa chaîne Youtube pour découvrir la musique associée à son tout nouveau Trigger, un livre de pharmacien que vous pouvez lire même si vous n'en êtes pas un - quoique nous le soyons tous un peu en ce moment :-)





samedi 9 novembre 2019

Lauréats de la Nuit de la Science-Fiction

Crédit - ArtlaetiPhotos - https://www.facebook.com/artlaetiphotos/
Pour une fois, anticipons un peu. Il ne s'agit pas de vous parler d'un livre mais plutôt d'idées dans l'air du temps et qui ont été offertes par les participants à la Nuit de la Science-Fiction du 12 octobre 2019.

L'idée : se lancer collectivement dans un défi d'écriture CLI-FI.

CLI-FI (Climate-Fiction)

Courant dérivé de la SF apocalyptique, il se centre sur le dérèglement climatique : AquaTM, Jean-marc Ligny ; Une pluie sans fin, Michael Farris Smith ; Sécheresse, J.G. Ballard – Cécile Pontefract, BM Lyon.

D’après le Cairn.info, le genre se caractérise par 4 clés. 1) l’environnement non humain est un acteur à part entière ; 2) les préoccupations environnementales sont aussi importantes que les préoccupations humaines ; ) la responsabilité environnementale est valorisée ; 4) la nature apparaît comme un processus et non pas comme un cadre à l’activité humaine.– Céline Bernard, TVB 31.



Vous avez bien lu : la climate fiction, dernier avatar de la SF consiste à accorder à la nature un rôle essentiel dans la l'histoire inventé, autrement dit de lui rendre sa juste place. Alors comment nos auteurs en herbe se sont-ils représenté cette nature ? En colère, généreuse, destructrice ou salvatrice ? En tous cas, vous verrez que les éléments naturels se sont déchaînés !

Une équipe d'auteurs de SF est venue en soutien à l'écriture :

Mélinda Schilge, autrice de Ciao Bella, Cli-Fi. Elle portait la contrainte : Villes durables.

 Ciao Bella : La vie l'emportera par Schilge

MEG, autrice de Les Epureurs, Sf et aventure. elle portait la contrainte : énergies propres.
Les épureurs

Jean Benjamin Jouteur, auteur Chroniques d'un avatar, SF d'actualité. Il portait la contrainte : Faim dans le monde. 
Chroniques d'un avatar - Tome 1

Eric Maliska, auteur de De Profundis, Hard SF et Nova, Young Adult postapocalyptique. Il portait la contrainte : vie marine, océans.

Les participants pouvaient concourir successivement dans trois catégories :
  1. le synopsis
  2. l'incipit
  3. la chute

Pour le comité de lecture, Michel Juste, auteur de SF avec la série phramaceutique Pharmakon Jazz Tango

 

ainsi que Céline Bernard, écrivain pour les autres (autrefois enseignante dans le secondaire - d'où son attrait pour les notes ;-) )


 

Difficile de départager les textes  qui construisent et cultivent des univers si différents. Et pourtant, les critères annoncés ont permis d'attribuer des étoiles et de parvenir à un résultat. Voici ce qui a été l'objet de toute notre attention :
  1. le respect de la consigne générale de forme : synopsis/incipit/nouvelle.
  2. l’adéquation au genre Science-Fiction - selon la définition de Wikipedia, Science-Fiction
  3. le respect du thème annoncé en début de soirée.
  4. le respect des consignes données pour chaque étape.
  5. la qualité du style.
  6. l’intérêt de l’idée.
  7. l’originalité de la démarche.


Cliquez ici pour voir les résultats!

  Bien entendu, les ouvrages des auteurs indépendants sont disponibles sur demande auprès de l'association Ecriture Plurielle - 06 95 01 88 13 - Le U - 227, avenue du Plateau, 69009 LYON.

Un livre, c'est un beau cadeau :-)

Bonne lecture et au plaisir de vous lire,

Céline pour Ecriture Plurielle



vendredi 8 novembre 2019

Le bruit de nos neurones, Jean-Louis Dufloux

LLe Bruit de nos neurones

Titre : Le bruit de nos neurones



Auteur : Jean-Louis Dufloux



Editions : Librinova



Année de parution : 2019

Cette chronique est écrite pour un service presse.

Qu'allais-je faire dans cette galère ?

Dès les premières pages, j'ai compris pourquoi je n'avais pas compris la couverture ! Le titre m'avait aiguillée sur un roman basé sur les dernières découvertes en neurologie - ce qui est juste mais j'avais imaginé l'angle professionnel, genre Docteur House mais dans le service neurochirurgical. Je m'attendais peut-être à des confidences subversives à la Winckler. La présentation des personnages ainsi que le prologue m'ont parfaitement détrompée et je me suis retrouvée 100% d'accord avec le relecteur qui affirme qu'il s'agit d'une œuvre d'autofiction.

D'un naturel peu réaliste, je craignis alors de ne pas m'y retrouver. Pourtant, le choix de l'abécédaire et des flashs médicaux allège la lecture : des pépites philosophiques jalonnent un parcours qui pourrait être celui du petit Poucet. A ce propos, il est toujours étonnant de constater l'effet que produit le compte à rebours : fascination, suspense, destinée.
Du coup, à peine au premier quart du livre, je me surprends en pleine identification : le souvenir des mois précédent une opération importante me revient par bribes, par vagues, exactement comme dans Le bruit de nos neurones qui correspond au temps d'attente de l'opération. Le narrateur passe en revue l'essentiel de sa vie en attendant le jour J.


L'épouvantail Parkinson

C'est drôle mais je ne me souviens pas que le nom fatidique ait été prononcé. Cela ajoute au désaccord initial que semble ressentir le narrateur, même si lui même a déjà exploré ce diagnostic dans son premier ouvrage, Cinquante-et-un. Anonyme, cette maladie se range donc avec d'autres pathologies évolutives, occultée par la richesse des souvenirs familiaux.
L'album de famille semble idyllique et contraste d'autant plus avec l'injustice d'une dégénérescence annoncée. Tentative de retour à soi, ce récit est aussi un hommage à ceux qui tiennent le coup, aux conjoints, aux parents et aux enfants qui ne reculent pas, ni devant la vie ni devant la mort, ni devant le meilleur ni devant le pire.
En contrepoint de ces douces présences, l'auteur relève aussi de criantes absences, celle du père déserteur par exemple. En ramenant la vie à l'essentiel, la maladie dévoile les évidences.
Ce portrait de famille est empreint de bienveillance et de lucidité aussi. On ressort de cette lecture plus serein peut-être, plus détaché, plus sage.

Roman Feel-Good ?

Malgré la maladie - et sans doute grâce à elle, il y a un parti-pris dans ce livre. Celui d'accepter la magie des mots et du présent. Au fur et à mesure du récit, le choix des entrées de l'abécédaires est tellement positif qu'il entraîne de fait d'heureuses conséquences. Voici quelques entrées : Amour, Bonheur, Chance, etc avec cependant des détours par le Gouvernement ou le Hasard pour terminer par le Yin et le Yang et le Zen. La lecture elle-même en devient initiatique par une heureuse contagion.
Ce qu'on y gagne aussi, c'est peut-être de s'intéresser à ces infimes cellules que l'on sollicite sans les connaître et de s'émerveiller de ce qui fonctionne plutôt que de s'apitoyer sur soi. Les lois de la nature font bien tourner le monde jusqu'à présent.




 Je ne sais pas pourquoi l'histoire me rappelle tellement la chanson de Berthe Sylva qu'affectionnait ma grand-mère. En l'écoutant, j'ai l'impression d'être sur le rivage et de chercher loin à l'horizon cette innocence d'avant... et en même temps, la musique n'est pas aussi triste que les paroles : elle va comme va la vie, joyeusement.
J'ai refermé ce livre à regret. J'espère qu'il aura une suite et que l'auteur saura encore nous faire partager le goût des rayons d'un soleil couchant aux accents si chaleureux.


Le bruit de nos neurones

Pour l'avoir à soi, en numérique ou en papier, le site de Librinova : https://www.librinova.com/librairie/jean-louis-dufloux/le-bruit-de-nos-neurones

Que lire ensuite ?

C'est à l'association Ecriture Plurielle que j'ai entendu parler d'un roman indépendant : INUUNEQ (Une idée de la vie) de Fiji. Merci à Sylvie de me prêter son exemplaire !

lundi 2 septembre 2019

transhumance des métastases







Titre : transhumance des métastases

Auteur : alain harmas

Editions : Alain Iametti

Année de parution : 2019


Cette chronique est écrite après dédicace.

Une autofiction entre Charybde et Scylla

L'édition indépendante provoque les situations particulières. Les livres viennent d'eux-mêmes sans qu'on n'ait à les chercher et souvent après des parcours étonnants. De plus, rencontrer l'auteur d'un ouvrage qu'on a lu est toujours une expérience intéressante mais l'inverse est meilleur encore. Vous fréquentez une personne, vous lisez éventuellement ses emails, vous remarquez sa manière d'être, ses manies, ses habitudes, ses préférences et là, dès les premières lignes, son nouveau roman s'en trouve augmenté d'un seul coup : on y décèle la vraie personnalité, et non pas celle de l'auteur ou du narrateur tout aussi construits l'un que l'autre. C'est donc avec une grande bienveillance d'emblée que j'ai commencé cette lecture dont le sujet m'avait été présenté - je n'ose dire défloré. Et le pire, c'est que je l'ai commencée en sachant la fin ! (certes, je l'avais demandée...). Eh bien, n'empêche, le pari est réussi de mener une intrigue aussi tendue que la corde du funambule qui s'accélère juste ce qu'il faut pour nous mener, en un triptyque bien ficelé, jusqu'au tableau final. Les détails sont savoureux : du choix des mets asiatiques jusqu'aux redondances de fragrances et de cortex. La tension, annoncée pour les idéologies, transparaît jusque dans le style : ce long roman est composé de très courts paragraphes, qui contraignent à la lenteur dans la lecture. Même l'absence de majuscules dans le titre est une revendication. Impossible de le dévorer, il faut le savourer.

Petit Bushido illustré

Dans cette marche lente qui va de fin en faim, avant de revenir à la fin, le lecteur a tout le loisir de s'interroger sur les choix présentés. On pourrait prendre ce récit comme une immense métaphore du parcours de vie, que le narrateur, en docte psychopompe, nous explicite patiemment. Entre désir charnel et manipulation financière, entre amour et indifférence, entre force et faiblesse, entre chaud et froid, la vie se charge de choisir à la place de l'indécis. En attendant, , le lecteur se prend aussi au jeu des jugements.

Heureusement, j'ai trouvé l'antidote à l'absence de choix. C'est un jeu : 


dont l'adresse a été gracieusement communiquée par Monsieur Phi. 
Cependant, ce flou ressenti par le personnage ne me semble pas du tout être celui de l'auteur. Au contraire, dans l'interligne, il s'appuie sur des valeurs si fortes qu'elles mettent en jeu la source même de la vie et de la mort, ce qui me fait penser au Bushido et aux alternatives présentées en préambule d'une BD dont j'ai oublié le titre :

"Si tu as le choix entre manger ou ne pas manger,
Alors mange.
Si tu as le choix entre partir ou rester,
Alors pars.
Si tu as le choix entre vivre ou mourir,
Alors meurs."
 
Mais revenons plutôt à notre transhumance...


Des goûts de femmes


 En tant que lectrice, j'ai admiré la position des Grâces, cette troïka effrénée qui fonce en avant - mais je ne suis pas sûre de l'intention de l'auteur à leur sujet ! Finalement, il me semblerait plutôt que ce roman illustre la loi du plus faible puisque le héros ne réussit que quand il échoue et que tou_tes les femmes sont des incarnations fatales !
En outre, la progression du récit est cyclique, comme dans la vraie vie, quand les événements se répètent pour qu'on les comprenne peut-être... Les redites sont les échos des pensées qui ont modelé le monde. Le point de vue du narrateur ne change pas finalement : c'est juste sa situation qui évolue - presque à son corps défendant, ainsi que son état émotionnel - à sa grande surprise. A l'absurdité initiale succèdent des épreuves qui mènent à la résilience absolue - au bonheur ? Du désordre du monde, on parvient bien à un ordre finalement. Mais à quel prix ?

A la vie, à la mort : l'originalité d'abord !

Il est clair que ce roman est original, contrairement à son apparence et cela se joue davantage dans l'interligne, je crois. L'auteur nous avait prévenus lors de son interview pour le salon de l'autoédition :
 Le style pour Alain Iametti

De tous les romans que j'ai lus jusqu'à présents, rares sont ceux qui s'intéressent d'aussi près aux différents moyens de mourir. Ici, l'exploration systématique n'a rien de scabreux pourtant. On dirait plutôt une mission de reconnaissance, entrecoupée de scènes érotiques et gourmandes qui lui confèrent, par contraste, une hauteur particulière. Enfin, l'auteur utilise un procédé remarquable : certains dialogues enchaînent exactement les phrases du récit, créant un bel effet multidimensionnel. Les discours et les pensées se croisent et je me demande si la manipulation du héros par les Grâces ne serait pas le reflet de celle de l'auteur sur l'histoire... Que mes élucubrations me soient pardonnées, elles ne sont que l'ébauche de pâles lucioles interprétatives !
Pour ma part, j'ai apprécié ce roman et je serai prête à lire la suite...(Si, si !)








Transhumance des métastases


Pour l'avoir à soi, sur le site des Editions alain harmas - http://www.editionsalainiametti.com/produit/transhumance-des-metastases-livre-electronique/


Que lire ensuite ?

Juste avant le lancement des Journées Internationales de Lyon du Théâtre Arabe et Francophone, je propose un florilège de pièces classiques et contemporaines - ou pas. Merci à la BM Lyon de me prêter tout cela d'un seul coup !!!

 Voici mes préférences :
  1. Le Point de vue de la mort, Mustapha Benfodil.
  2. Le Monologue de l'exil, Ayat Fayez.
  3. L'Apocalypse Joyeuse, Olivier Py.
  4. Six personnages en quête d'auteur, Pirandello.
  5. Pelléas et Mélisande, Maeterlinck
  6. Tout Yeats !

Belles pages à vous pour la rentrée,
Céline.

lundi 5 août 2019

"Edition", d'accord ; "Auto", pourquoi ?



Comme de telles initiatives me font rêver et me rendent un peu jalouse, j'ai décidé de me lancer dans l'interview :-)

1/ Est ce que l'auto-édition est un choix ? Si oui pourquoi et si non pourquoi s'être quand même lancé dans l'aventure.


Pour ma part, l'écriture est un choix, enfin un besoin assumé, en quelque sorte.  Ensuite, je dois dire que la forme d'édition ou de publication ne m'importe guère. C'est vrai que lorsque mes deux ouvrages édités ont été choisis, je me suis sentie fière comme jamais, comme si ce choix par un tiers légitimait mon écriture. Bon quelques années plus tard, le soufflé est retombé...

Sinon, la plupart des textes que j'écris appartiennent aux pages de mes agendas qui s'égarent dans mes tiroirs... Et je dirais aussi que les textes dont je suis le plus satisfaite sont écrits pour moi plutôt que pour les autres... 'est de l'autolecture et de l'autoédition très très personnelle ;-)

2/ Est-ce que vous fonctionnez avec des prestataires de service ? (genre édilivre, lulu, librinova) ou vraiment tout seul ? Et toujours le pourquoi ?


Il faut dire que j'accompagne des projets d'écriture : je suis installée en profession libérale en tant qu'"écrivain pour les autres". Pour l'option d'un autre prestataire, à chaque fois, je considère tous les aspects pour donner le meilleur conseil possible. Je crois que la solution est mathématique, une quadrature du cercle en quelque sorte.
  • Vu le rapport entre le temps disponible et celui que l'auteur veut bien consacrer à son projet d'écriture ;
  • Sachant l'argent disponible au début, à quoi s'ajoute la somme, évidemment proportionnelle, éventuellement générée au cours de la publication ;
  • Considérant les compétences, expériences passées et la résistance à l'erreur de l'auteur en devenir ;
  • Et prenant en compte l'intention du lectorat rêvé ou idéal ainsi que le caractère de l'auteur lui-même,
je déduis la proportion des tâches susceptibles d'être réalisées, moyennant du temps, de l'argent et de l'engagement, sachant que toute sous-estimation de mission revient à du coaching et toute surestimation, à de l'insatisfaction... et donc, je propose une plateforme Bookélis, Publishroom, BOD, Wibibook (si on veut continuer la liste commencée dans la question) et évitant résolument les éditeurs qui font du compte d'auteur plus ou moins déguisé et en gardant Amazon pour la fin pour des raisons globales.


Par exemple, nombre de projets ne voient jamais la jour à cause de la masse des décisions à prendre comme le visuel de couverture ou le grammage du papier sans parler de la largeur des marges, etc. En fin de compte, cela revient au même que pour les livres imprimés trop vite et en trop grand nombre et qui finissent par encombrer le garage. Le regret liés au premier échec n'a d'égal que l'amertume du second.



3/ Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?


La plupart du temps, il s'agit de soucis liés à l'informatique : la mise en page finale qui ne ressemble pas à celle que l'on a souhaitée, par manque de connaissance. Cependant, tout ce qui ne tue pas rend plus fort, alors, finalement, ce ne sont pas tant des difficultés que des grades sur l'échelle de la réussite ;-)

4/ Comment faites-vous pour vous démarquer des autres auteurs ?


Ma mission principale consiste justement à essayer de me démarquer le moins possible !!! Bizarre ? Pas tant que cela si l'on prend en compte deux grandes lois de la vie en société (enfin, je crois !) :

Primo la concurrence. Étymologiquement, c'est une course à  plusieurs. Donc, il est essentiel d'avoir des concurrents en bonne santé et assez proches pour que le challenge soit beau. Sinon, on risque de se retrouver tout seul à crier dans le désert. Mon illustration favorite de cette tendance dans le commerce est la banque. Si vous observez l'implantation des banques, vous remarquerez que des groupes se forment autour des places. Banque pop, Poste, Caisse d’Épargne, Crédit Agricole, etc, sont les grumes de belles grappes qui pour autant offrent les mêmes produits bancaires et financiers sur un marché hyper réglementé et contrôlé !

Secundo : notre intérêt pour le même.Cet autre aspect est tellement humain. Nous avons tous tendance à aller vers le connu... et les publicitaires le savent bien, qui s'évertuent à rendre commun le plus isolé des gadgets. Pour un livre, nos réactions de lecteurs sont déjà très codées par une histoire littéraire qui a creusé les sillons. Chaque genre a ses codes. Certes, il est très douloureux de le reconnaître pour un auteur qui ne s'est pas toujours "autocatégorisé", mais peu ou prou, tôt ou tard, les lecteurs auront besoin de la faire pour parler de son livre tout simplement ! Sinon, on reste dans l'indicible ou l’indescriptible, ce qui n'est pas une panacée au niveau de la promotion. De fait, on gagnerait tous à analyser nos principes de choix. Et je crois que la similitude attire autant que la différence inquiète. Partez en voyage, et vous constaterez que le lait n'a pas du tout le même goût en sachet mou qu'une brique ! Et pourtant, Candia est là !

Je profite de cette idée pour saluer l'ingéniosité de Bookstation, qui connectent les acteurs des mondes du livre et se sont trouvés à reréfléchir aux mots clés caractéristiques. Depuis Dewey, de l'eau a coulé sous les ponts et il est temps de revoir la classification décimale à la lumière des nouvelles technologies. C'est courageux et tRRRRèèèèèèèèèèèès prometteur. Voyez par là : https://www.book-station.fr (l'inscription est gratuite, soyez sans crainte !)


5/ Quels sont les avantages de l'auto-édition ?


 Hormis la liberté, souvent mise en avant, je soulignerais le plaisir de participer avec d'autres indépendants à une aventure qui change la vie ! j'ai tenté de devenir speakerine pour expliquer que cette chaîne du livre devient un éventail de possibles dans l'autoédition.

Et la plus belle preuve de cette faculté de l'autoédition à faire des liens, c'est que sans l'autoédition, je n'aurais pas eu le plaisir de découvrir l'Imaginarium ou Nualiv' si la littérature indépendante n'existait pas.

Donc, lors d'un voyage dans le Tarn que j'espère prochain, je ne manque pas d'y faire un tour !

Plein de bonnes choses à toute l'équipe et de belles pages, bien sûr !

Bises,
Céline.


PS : un aperçu des livres autoédités par ici (avec aussi les 2 "édités"): http://cebedoc.com/bibliographie


mardi 30 juillet 2019

Un espion aux enfers, Edouard Teulières









Titre : Un espion aux enfers


Auteur : Edouard Teulières

Editions : Librinova

Année de parution : 2019


Cette chronique est écrite en service presse

C'est l'histoire d'un type qui meurt et qui se retrouve au Paradis...

C'est un patron d'anecdotes indémodable : le paradis et l'enfer qui s'opposent avec tous les clichés qui sont liés à cette caricature de la vie après la mort. C'est un bon début, stable et familier tant ces représentations sont habituelles : le paradis, le purgatoire, les enfers. Et là aussi, on se retrouve en terrain connu plus qu'en terre inconnue car les problématiques de Dieu, censé gérer l'humanité, ressemblent parfaitement à celles des chefs d'entreprise confrontés à la concurrence. d'ailleurs, il déploie les mêmes dispositifs de marketing fondés sur les hypothèses de gestion de masse : marketing, promotion, etc. Les calembours et autres jeux de mots sur les noms ou les expressions sont autant de clins d’œil à nos références culturelles. C'est un festival de trouvailles tout en légèreté dans un style d'écriture savoureux, parfois épicé mais jamais vulgaire !


Vous avez dit spirituel ?

La religion n'est qu'un prétexte pour croquer des caractères, presque quatre siècles après La Bruyère. Les selfies d'Amélie, la jeune influenceuse réseau, les petits arrangements de Clint, chargé de sauver le monde, la naïveté de Dieu, les caprices de Roger, le chagrin de Solange : les portraits vont bon train, justes esquisses qui jouent à fond l'identification. On y reconnaît tel ou tel collègue de boulot, tel ou tel personnage de la famille et de temps en temps on se reconnaît soi-même ! C'est que les réparties fusent, bien vues et très spirituel. De quoi rendre certains dialogues cultes, comme celui de l'entretien d'embauche :
"- En quoi ce poste vous intéresse-t-il ?
- J'ai deux passions dans la vie : les robots-tueurs et les kiwis."

Pour celles et ceux qui aiment les répliques du tac-au-tac, les commentaires pinçants, l'humour débridé, ce roman est incontournable.

Culture pop


 Et Dieu, dans tout ça ? Ce serait une erreur de croire que cet univers n'est que décor sans fonds. La fin nous donne une vision surprenante, à la manière des matriochki, de cet univers manichéen. Le dévoilement des origines de la scission entre les enfers et le paradis apporte un angle nouveau de compréhension du monde. Evidemment, à la fin, tout n'est pas résolu mais la tentative d'unification ou plutôt d'harmonisation est intéressante. Après en avoir ri, on pourrait bien prendre les choses à coeur.
Même si ce n'est pas un roman feel-good à proprement parler, on se sent peut-être plus léger en refermant le livre. On a pris de la distance, sans doute, et on se dit que bon an mal an, on ne mérite pas les enfers quand même.
Pour finir, j'associerais spontanément "Un espion aux enfers" au festival belge "Tomorrow Land" Mais alors, vous dire pourquoi, cela demanderait au moins une soirée de discussion en terrasse !





Un espion aux Enfers


Pour l'avoir à soi, c'est Librinova : https://www.librinova.com/librairie/edouard-teulieres/un-espion-aux-enfers
Pour en savoir plus : https://www.babelio.com/livres/Teulieres-Un-espion-aux-Enfers/1155261


Que lire ensuite ?

Pour l'été, c'est un festival de titres :

  • La vie de Monsieur Molière de Mikhaïl Boulgakov, où l'on apprend que le célèbre dramaturge a épousé sa fille ;
  • La petite marchande de prose de Daniel Pennac, où l'on explore toutes les raisons d'écrire ou de garder le silence...
  • Immensités de Sylvie Germain qui manie la langue française avec une puissance poétique merveilleuse, où l'on découvre le conte du fiancé qui vient demander la main de sa promise avce 3 bagages : son carton à chapeau plein de voix, sa valise en cuir pour ses vêtement et son gros coffre noir en métal pour...(Non, je ne vous dirai pas la fin...) ;
  • Le Restaurant de l'amour retrouvé, d'Ogawa Ito où l'on retrouve l'envie de cuisiner ;
  • Les Cahiers d'un chevrier qui venait de la ville, de Jean-Benjamin Jouteur - une délicieuse autobiographie qui a le charme de l'humour.
De belles pages estivales et à très vite,
Céline.

lundi 22 juillet 2019

Planète (partie 1) par Arsène Slab

Titre : Planète, tome 1
 Auteur : Arsène Slab
Disponible surAmazon
 

 
Je viens de terminer de lire le tome1 du récit « Planètes »  et je suis décontenancé.

Pour résumer - le récit parle d’une planète à bout de souffle en raisons de l’épuisement des ressources naturelles, d’un nouvel ordre mondial suite à des guerres économiques et religieuses, et de l’apparition de Merlin, l’instigateur du sauvetage de l’univers, à la recherche d’un artefact précieux et de deux héros.




L’intrigue mêle différents personnages de chaque côté du globe et chaque récit est traité sur un style différent : western post-apo avec des motards à la place des cow-boys, thriller politique, fantastique initiatique...

De ce mélange de chapitres (réunis en un seul récit) en ressortent des personnages parfois clichés comme : le bon flic américain bourru avide de justice, le jeune apprenti chinois, la bande de motards violents au grand cœur, la meurtrière dangereuse et sexy, le dictateur sanguinaire…

Pour des raisons personnelles, j’ai eu du mal à supporter le traitement très esthétique et parfois frivole des personnages féminins, souvent séduisants et sexuels.


Étrangement, cela m’a paru agréable à lire malgré tout. Je l’expliquerais par le fait que j’ai ressenti un côté bon enfant dan l’écriture, la volonté de se prêter à un jeu, un défi de tout mettre ensemble pour voir ce que ça donne. Que mon interprétation soit juste ou bonne, je me suis bien amusé à passer d’une intrigue à une autre, surtout que le récit est bien mené, malgré pour moi quelques longueurs dans l’intrigue quand l’auteur s’attardait trop sur des détails des gestes.



L’autre point que j’aimerais évoquer est l’une des conséquences du jeu que j’ai cru voir.



L’écriture en stéréotypes a amené, il me semble, à des intrigues parfois simplifiées et irréalistes qui sautent aux yeux, comme par exemple un agent du FBI qui raconte des secrets d’état à une étudiante…Comme des images de séries, des scènes volontairement fortes, mais qui peuvent parfois décrédibiliser l'histoire.

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Ayant dit cela, je postule pour la suite. Et je tiens à conclure en disant que, finalement, c’est un livre à prendre en main, mais l’acceptation du patchwork et des personnages et à prendre ou à laisser.  C'est un livre intéressant, à la fois sombre et optimiste, simpliste et complexe, joueur et construit, avec une action toujours sur le fil.