lundi 25 mars 2019

Songes Poétiques - Pascal en Rimes


Chronique d'Alain Iametti

"J’ai lu « Songes Poétiques » de Pascal En Rimes.

Avant d’ouvrir un recueil de poésie, je prends une première précaution, celle de m’extraire de la gangue environnante qui oblitère notre sensibilité. Nous avons érigé tel l’oignon des dizaines de peaux protectrices qui étouffent le germe sensible en notre cœur. Dès la première rime, du rythme des mots surgit la tonalité, elle permet d’atteindre l’harmonie, il faudra laisser le corps s’absoudre de la pesanteur.

J’entre chez Pascal En Rimes, guidé par deux boussoles placées à équidistance de ma conscience : l’une est l’émotion de la découverte, l’autre la technique des phrases.

Chez Pascal En Rimes, c’est l’astrolabe de l’émotion qui prend le pas sur la technique.

« Le poète traverse siècle et temps, du présent au temps d’antan. »


Tautologie, parole d’évangile, ou bras d’honneur au matérialisme économique qui nous étreint. L’ « a » grave de l’assonance rythmique nous transporte au début des temps, l’incipit se définit comme programmatique. Le style a franchi les codes anciens des troubadours pour s’exprimer en sa propre syntaxe.

Tournons les pages… engageons-nous sur la voie des « Songes Poétiques »

« écrire c’est… »


Le balancement anaphorique et ses rythmiques déclinent le passage de l’inculture vers la connaissance, mais l’expérience n’est pas sans danger de cicatrices.

Rapidement les rimes délaissent la métaphore pour la chair, oui, le poète est charnel.

« Les lèvres sont des lumières, »


Est-ce pour lui ou le quidam que sa voix réclame à chacun la destinée qu’il mérite ?

« Dans les ruelles du désespoir,

où l’on trouve le plus subtil des espoirs ;

chacun mérite sa place »

Pourtant…

« Puisque plus rien n’est objectif, la rancœur fruit de la rancune »


Ce fruit va jeter l’incompris, le délirant, le rejeté… vers les herbes où il pourra poursuivre son rêve, « sa vision devient panoramique ». Mais toujours ces affrontements contre les murs de bétons de la norme, des stupres, des pensants…


« cafards répressifs » « corruption sociale » « gangrène insidieuse »


L’extralucide sollicite de « Madame ou Mademoiselle liberté : pouvoir d’agir sans contraintes. »

Hélas on lui renvoie, « ce sale pognon… voler devient banal… » Lucide, il entrevoit des séismes… où naissent des angoisses… alors vient l’errance… où l’on sombre.

« à la recherche de la subtile combinaison »


A travers les saisons, la solitude « veux-tu la noirceur de mes émois ? » le transcendant poursuit insouciant… insoumis… décadent… vers son horizon sulfureux… croisant

« les faussaires qui ont ouvert les portes de l’exclusion toujours plus pauvres »

« Comme un cri d’enfants »


Le medium extralucide exsude ses perceptions, le poète n’a pas sa place dans ce monde rationnel… il en crève. C’est sa « passion » pourtant, il n’en déviera pas. Malgré « l’usure du temps » Après ce flot de noirceur, il cherche la synthèse dans l’expression ramassé du « haiku » 5+7+5… dix-sept syllabes lapidaires qui résument un état.

« Si le cœur est mort

Au gré du printemps rêveur

Silence amoindri. »


L’art du sage japonais ne calme pas la violence de soif d’être. L’alcool, aide à supporter la révolte des corps sanglants gisant au Bataclan… un grand maelstrom indescriptible… un enchevêtrement… un effondrement.

Vient lentement des espérances, l’errance poétique libère, il a tout essayé pour oublier et pourtant, il sait qu’il y a tant de drames… tant de femmes victimes… il est conscient impuissant… il ne règlera pas le compte de l’immonde salaud.

L’enfant est de ce siècle, il est sensible, charnel… humain.

« Tous les sens à l’apogée au gré d’érections physiques et cérébrales »


Mais lui, le révolté ne tient pas à être lénifié il a atteint le fond de sa pensée… il sait… il peut formuler ce qu’il a vu dans le songe de sa longue errance… de bateau ivre.

« Ils veulent uniformiser nos pensées


Ils veulent nous isoler


Ils veulent tout contrôler…


Ils veulent


Et ils veulent…"


Le poète rejette le diktat, alors il rompt… solitude volontaire… de loin, il observe… sans doute jusqu’à son prochain Songe Poétique…

« j’étais tout là-haut dans ce phare »



J’ai lu d’un trait « Le paradis des ombres » Songe qui me laissa songeur… abstraction ou réalité… métaphore ou littéral ? Quittant l’espace sensible, je me drape à présent des techniques pour comprendre la forme, celle qui fait saigner la révélation. Pascal En Rimes tel Nietzsche qui « philosophait à coups de marteau » cogne sa vérité. Le texte du songe se divise en LV chapitres… on notera que la numération est exprimée en chiffre romain… comble de l’archaïsme pour un poète du XXIème siècle… un clin d’œil, une fleur de rhétorique…

Chaque texte bien que répondant à la technique de la rime, se développe selon le mode en cascade des mots, moins de signifié et plus de signifiant. Les phrases s’enchaînent à coups de maillet sans liant lien embrayeur qui font la douceur bien propre des jolis textes arrondis… des professeurs bien tempérés « N’est-il point mon cher ? » Je préfère les phrases martelées dépouillées d’artifices lubrificateurs.


Pascal est celui qui révèle sa vérité. On n’est pas obligé de souscrire à ces noirs tableaux, chacun s’adapte à sa mesure dans l’environnement social « à chacun sa lecture de la société » Mais, Pascal est un révélateur qui nous interpelle sur nos réalités face aux autres…

Il écrit selon un style maîtrisé… on a le droit d’aimer sa poésie… c’est mon cas… sa rêveuse vérité nous questionne, laisse en nous un écho moins rêveur que songeur… N’est-ce point l’alpha et l’oméga du poète

   « faire bondir ses mots. »?



Merci à Alain Iametti

Retrouvez Pascal en Rimes au Salon de l'autoédition et sur Facebook

 

 

 





















vendredi 15 mars 2019

Le Chant de la Persévérance

Voici la lecture de Martine :


"Connaissez-vous 1000 milliards de poèmes de Raymond Queneau ? J'ai pensé à ce livre en lisant Le Chant de la Persévérance de Cyril Mikolajczak.
La présentation m'a surprise.
Son livre est sombre, rouge et noir, et cet homme, renversé, semble être un vampire dévoré par un autre vampire... Pour dire le vrai... il fait un peu peur !

La forme.
Quand on l'ouvre et qu'on le lit (que je le lis, plus précisément, devrais-je dire !) J'ai aimé la construction de certains textes page 9, 19  ou 14, par exemple car la lecture peut se faire à différents niveaux, dans plusieurs sens, elle n'est pas linéaire. Les répétitions, les mouvements, les jeux de miroir sont intéressants.

Le fond.
Les poèmes que j'ai lu sont ancrés dans un réel parfois (Ce corps que je hais, Le fouet de mot) mais pas toujours (Les essuie-glace ou Le feu se consume) sombre qui s'évade dans un imaginaire tout aussi noir (comme les couleurs du recueil). On ne sait si l'auteur est si mal en point que cela ou s'il s'ancre dans  un monde en perdition... 

Est-il si désespéré que cela dans la vie ?!"

L’évasion de Benoit Tocaccieli

La chronique de Martine.


"C’est un roman choral de 190 pages.

Pour résumer… voici celui de la 4è de couverture : Dès qu’Alice ouvre un livre, les personnages qu’il contient prennent vie dans la réalité.
Pour son dixième anniversaire, ses parents lui offrent son premier roman policier. Au même moment, un mystérieux tueur en série commence à sévir. Quand Alice découvre ça, c’est la panique ! Elle décide alors de partir à sa recherche pour le neutraliser. Pourra-elle compter sur Pompon, son chat qui rêve de conquérir le monde ? Comment réagiront ses parents, deux adultes enfermés dans leur quotidien ?



Ma « critique » :


Je pense qu’il s’adresse aux ados et préados à partir de 12 ans, l’âge de l’héroïne.

J’ai vite été absorbée par le livre. L’histoire est pleine de fantaisie, comme celle d’Alice, à l’imagination débridée qui voit en chaque passant, clochard, ou grand-père de son quartier un personnage d’un livre qu’elle a lu.

Les jeunes et leurs parents se reconnaîtront dans cet univers où l’école n’est pas toujours un monde facile, où la monotonie de la vie de couple s’installe, où les parents s’engueulent au sujet de l’éducation de leurs enfants, mais où la passion (lecture, musique, peinture) aident à s’échapper du ronron quotidien pour le plus grand bonheur de chacun. Après, cet assassin d’enfant, est l’élément perturbateur qui « aide » cette famille à se retrouver enfin. Une originalité, à la fin du livre, vous avez une page blanche dédiée à chaque personnage (le père, la mère, Alice, son chat et l’assassin d’enfants) pour poursuivre l’histoire à votre façon et ainsi leur permettre de s’évader du roman..."

samedi 2 mars 2019

L'utopie des fous



Titre : L'utopie des fous

Auteur : Anthony Boucard

Editions : IS Editions


Année de parution : 2018


Cette chronique est écrite pour le Prix des Auteurs Inconnus - 2018-2019.

 

Est-ce l'empereur qui rêve qu'il est fou -ou l'inverse ?

Placer une intrigue dans un centre d'accueil psychiatrique, c'est annoncer la couleur : le décentrage va donner un point de vue nouveau sur les enjeux du récit. Et en même temps, c'est un retour aux sources, à l'essentiel, à l'humanité même. L'effet romanesque est attendu en quelque sorte : en opposant la société "normale" au groupe divergent des malades mentaux, on finit par s'apercevoir de l'inversion des valeurs : l'humanité n'est pas du côté où on l'attend.
Dans L'utopie des fous, Anthony Boucard utilise ce procédé sans insistance cependant, comme un point de départ en quelque sorte. C'est l'occasion aussi d'opposer le calme du présent aux affres du passé. Le titre est particulièrement bien choisi avec son ambiguïté grammaticale. D'après les premières pages qui décrivent une émouvante idylle, je comprenais que le foyer d'accueil était ce paradis, cette utopie, ce havre d'amour en dehors du désastre du monde. En refermant le livre, je me dis qu'il est plutôt question de la propension des fous à n'être nulle part, à évoluer dans un espace-temps qui leur appartient, à être abstrait du monde, entre la vie et la mort peut-être dans un nulle part utopique.

La tragédie contemporaine


La quatrième de couverture mentionne Roméo et Juliette. Comme on a l'habitude de la comparaison, on peut ne pas saisir au premier abord toute la dimension tragique de ce mythe associé ici à l'histoire de la seconde guerre mondiale et qui prend une intensité nouvelle. L'horreur est à la hauteur de l'amour. L'immersion est immédiate, le suspense addictif. Chaque personnage, généreusement dépeint, suit une évolution dictée par sa destinée, comme annoncée, et pourtant, les révélations distillées dans le récit sont énormes. On revisite alors les idées de ce conflit, de cette défaite, de la propagande, des simplifications. Collaboration, terrorisme, résistance,occupation, libération, humiliation, culpabilité, responsablité : comment survivre en 1944 ? La succession fatale des événements oblige à repenser les caricatures des manuels d'histoire et pet-être les parcours personnels et familiaux. La loi des causalités est implacable et l'effet papillon des actes personnels remet en question même nos actions quotidiennes - aujourd'hui même. Est-ce cela l'effet cathartique des tragédies ? Non pas un soulagement d'échapper à de telles situations, mais plutôt un ancrage réévalué dans le présent, graine d'avenir et fruit du passé. Enfin, à l'inverse des mythes antiques, ce ne sont pas les Dieux qui ont rendu fous les hommes, ni les souverains qui font le malheur de leur peuple, mais bien chacun-chacune qui, faisant un choix égoïste, provoque la folie d'une société qui rejaillit sur chacun en cercle vicieux. A ce compte-là, qui peut condamner son prochain ? C'est au lecteur d'établir des rapprochements dans un récit aux flashs backs de plus en plus rapides.


Construction de la mémoire et de l'oubli

Il est clair que l'ordre chronologique a tendance à gommer les corrélations entre les causes et les effets. Dans L'utopie des fous, on explore le présent en rétablissant les liens avec les événements du passé qui l'ont déterminé. Certains objets prennent alors une dimension supplémentaire de pièce à conviction : le collier en bois sculpté, le couteau à manche ouvragé, la paire de ciseaux, etc. La mémoire a un rôle de reconstruction et il ne s'agit pas d'enjoliver ni d'assombrir les faits mais plutôt de les relier correctement les uns aux autres. Dans une vie, dans celles de l'entourage, un mot peut faire une différence incommensurable, et en même temps, la chaîne d'événements rendue réelle par un choix minuscule aurait peut-être existé tout de même, sans ces paroles fatales. Les coupables du cauchemar sont-ils ceux que la mémoire place au devant de la scène ? Une phrase revient en tête de chapitre :

"Il faut que je me souvienne encore et encore de ce que nous avons été et de ce que nous sommes devenus. Il faut que je me souvienne pour que les belles choses me donnent la force et que les mauvaises me condamnent."

C'est une réponse à l'utopie du présent, un appel à la réflexion au sens étymologique du terme, un discours pour la paix.

Que lire ensuite ?

Sur quoi reposent nos infrastructures numériques ?, Le travail invisible des faiseurs du web, Nadia Eghbal

C'est l'effet palimpseste du numérique : les auteurs contemporains écrivent grâce à d'autres écrivains des coulisses: les programmeurs. Il y a forcément des incidences. Mots-clés, rythme de lecture, écran vs page, défilement vs feuilletage, tcd (Temps de cerveau disponible), interférence des think tanks, etc. En plus, l'ouvrage est diffusé grâce à Framabook, qui parie sur le livre libre.

L'Utopie des Fous, Anthony Boucard

Pour l'avoir à soi :  https://www.amazon.fr/Lutopie-fous-Anthony-Boucard/dp/2368452613

ou encore avec tous les commentaires et citations : https://www.babelio.com/livres/Boucard-Lutopie-des-fous/1058412

La page Facebook de l'auteur bien sûr : https://www.facebook.com/anthony.boucard.125



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jeudi 21 février 2019

Couteau Aiguisé








Titre : Couteau Aiguisé

Auteur : Thibaut Higelin

Editions : autoédition/ Bookélis

Année de parution : 2018



Cette chronique est écrite pour le Salon de l'autoédition


Politiquement correct s'abstenir

Le roman est court et bien défini dans son genre : thriller (surtout vu la couverture).

Le cas typique du tueur en série poursuivi par un flic au bout du rouleau mais déterminé, mû par une foi invincible en son idéal de justice et qui tient vaillamment le choc face aux atrocités auxquelles il est confronté. Le représentant des forces de l'ordre se défoule comme il peut, notamment en commentant les actions avec une vulgarité mesurée tout de même.

Jusque là, tout va bien.

Les points de vue se croisent entre les différents protagonistes et finalement le meurtrier est assez facilement identifié. 
"Ah ! Facile alors, ai-je pensé, toute contente d'avoir bien suivi les méandres de l'affaire."
Pourtant, il y a quelque chose qui cloche. C'est trop gros. Le comportement de ce type et les choses qui lui arrivent sont trop bizarres.

"Bon, c'est un indé - peut-être un style nouveau qui m'échappe un peu."

Il y a des réactions aussi qui me mettent subtilement mal à l'aise : le passage en justice, trop rapide, drôlement argumenté, trop décalé. C'est exactement cela. Ce décalage, c'est l'imagination au pouvoir. L'imagination qui ne s'encombre aucunement de considérations philosophico-politiques, qui fonce dans le tas, qui roule à 100km/h.

La lumière au bout du tunnel

Parce que ce roman se lit à 100 à l'heure, comme si on se retrouvait au volant du taxi dans Taxi 3, et/ou à la tête du gang de Pulp Fiction, et/ou dans n'importe quelle série télévisée où les actions s'enchaînent à Vitesse grand V. L'auteur utilise toutes les armes du langage : idées toutes faites, expressions, clichés... pour nous mener par le bout du nez. 

"Non, il ne va pas oser !?!"

C'est la fin qui est absolument surprenante. Elle m'a prise complètement de court et je dois faire mon mea culpa sur tous les détails pourtant soulignés avec insistance que j'ai négligés dans ma lecture.

"Eh bien si ! Il a osé !"

 A la fin, j'étais un peu coupable d'avoir appuyé sur le champignon de la lecture sans prendre garde à la nuance. En fait, je n'avais pas focalisé mon attention là où il le fallait, en prenant les personnages pour des acteurs de série B.

Roman à lire en cas de coup de blues

Je ressors de cette lecture comme d'un tourbillon. Parce que le style de Thibaut Higelin est rapide, différent, qu'il bouscule les habitudes et en même temps, il me remonte le moral comme quand je regarde une série bien intentionnée sur Netflix. 
Sans se prendre au sérieux, l'auteur aborde les sujets les plus essentiels qui soient : la vie, l'amour, la mort.
Du coup, je pense à un autre auteur, scénariste, de mes connaissances : Vincent Désiré. Il y a sans doute des liens à nouer entre des styles si nouveaux et si sincères.

Que lire ensuite ?

L'Utopie des Fous, d'Anthony Boucard

Le mois de mars s'approche à grands pas. Et le Prix des Auteurs Inconnus continue de faire tourner le monde.
Merci à Julie Perrier et son équipe de leur soutien aux Indés !


Couteau Aiguisé - Thibaut Higelin


Pour l'avoir à soi :https://www.fnac.com/ia7420774/Thibaut-Higelin


La page Facebook de l'auteur : https://www.facebook.com/OfficielThibautHigelin/

La fiche Bookstation de l'auteur : https://www.book-station.fr/profil/auteur-trice/thibaut-higelin


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De Profundis - Eric Maliska

 



Titre : De Profundis


Auteur : Eric Maliska


Editions : autoédition/ KOBO


Année de parution : 2015



Cette chronique est écrite pour le Salon de l'autoédition


C'est du latin

Dès les premières années passées sur les bancs de l'école, on s'aperçoit combien  le grec sert à exprimer de façon compliquée la réalité qui nous entoure. Encore une de ces coquetteries de la langue française qui va envelopper d'un voile de mystère les notions qui devraient nous être les plus familières. Il en va ainsi de la Physique - notez bien le -ph- et le Y grec qui désigne étymologiquement la Nature. Pour vous en assurer, n'hésitez pas à consulter l'article du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales.
Le récit d'Eric Maliska ne va pas par quatre chemins.
Il ne s'embarrasse pas de termes grecs incompréhensibles.
Il montre que la science et la nature sont parmi nous. Direct.

La science et le Mal

Ce qui fait la valeur d'une idée - et d'un récit aussi, c'est sa simplicité. L'histoire tourne autour d'un seul personnage, un éminent scientifique, le Professeur Melchior. Le style introspectif de la première partie en particulier nous le rend familier. Au fur à mesure qu'il découvre le personnage à travers ses pensées, le lecteur se sent de plus en plus proche de découvrir son secret. Car dès le début, le professeur a un projet extraordinaire auquel il travaille d'arrache-pied, n'économisant ni ses efforts, ni son énergie, ni ses mensonges. Sa jeunesse en flash-backs éclaire d'un contrepoint logique les méandres d'une psychologie complexe. Ce Melchior physicien, c'est un peu Faust, Machiavel et Frankenstein en même temps. De Profundis capte l'essentiel de l'existence, ce qui est présent potentiellement en chacun de nous et c'est là où il m'a fait vraiment peur. Le tableau chromatique des émotions négatives est travaillé minutieusement. Il est clair que ce n'est pas la rationalité qui mène le monde.

L'espace temps

Les romans d'anticipation actuels se rattachent parfois à un genre nouveau, venu des USA : la CliFi, littérature de fiction liée au climat. Dans une certaine mesure, cette histoire est intimement liée à ce genre-là je crois, sans le revendiquer expressément, tellement le personnage mégalomaniaque de Melchior s'arroge toute la place. Cependant, la deuxième partie nous offre une prise de distance magnifique. D'un bureau étriqué dans la capitale, on est projeté  l'échelle planétaire, comme l'électron de laboratoire soudainement libéré. C'est une expérience à vivre qui ne manque pas de surprendre. D'autant plus que là où l'on s'attendait à une bouffée d'air, on est pris à revers. Toute-puissance de la physique VS impuissance de la nature - et vice versa - c'est un tour de force que de poser les problèmes dans le mouvement : actualité, cauchemar, psychologie, science-fiction, etc. Cet ouvrage manie les concepts avec un tel brio, que quelque part, encore une fois, cet univers imaginaire est terriblement familier.


Le cynisme est un carburant


Si la plume de l'auteur semble parfois chaotique dans la phrase ou les enchaînements, le dévoilement progressif de l'idée géniale du Professeur Melchior marche à merveille. Et puis ce cynisme omniprésent qui confond le narrateur et le personnage principal est comme une force forte qui en unit tous les éléments. Cette plongée dans les enjeux de la recherche scientifique et de la bêtise humaine rend paradoxalement notre quotidien plus sympathique. Quoique...
Mais au fond, il est difficile d'être à ce point destructeur. Pour découvrir dans le style de l'auteur, il est possible d'acquérir à moindre coût une nouvelle, celle de Kévin, le jeune étudiant au service de cet infernal scientifique. Le changement de point de vue est évocateur : allons-nous aborder un univers moins sombre, moins abyssal ? Je crois que l'écriture élève forcément et qu'il est difficile de maintenir un noir absolu. Kevin serait alors l'étincelle de vie qui éclaire le royaume des morts, le point blanc du 陰 (Yin), le cheveu sur la soupe.
A lire prochainement quand je me remettrai des morsures cuisantes de ce premier thriller.


Que lire ensuite ?

Evasion de Benoît Toccacieli

 

Avec le Professeur Melchior, tant de noirceur m'a rendue hypersensible. En découvrant l'arborescence de Benoît sur Bookstation, j'ai immédiatement réagi à la douceur et à la bienveillance qui s'en dégageaient. Je fonce donc, d'autant plus que l'ouvrage est à lire en avant-première au Bureau du plateau U.

De Profundis - Eric Maliska

Pour l'avoir à soi : https://www.kobo.com/fr/fr/ebook/de-profundis-119

Pour découvrir le point de vue de Kévin : https://www.kobo.com/fr/fr/ebook/de-profundis-destins-croises-kevin

La page facebook de l'auteur : https://www.facebook.com/Eric.Maliska.Auteur/


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vendredi 15 février 2019

Les Epureurs - MEG





Titre : Les Epureurs


Auteur : MEG


Editions : autoédition/ Amazon


Année de parution : 2018



Cette chronique est écrite pour le Salon de l'autédition


Coïncidences...

Le mensuel Tout Va Bien vient de sortir son numéro de février sur le thème "Littérature & Écologie". J'y propose un article sur la fiction, où je défends l'idée que la littérature d'anticipation ou futuriste prépare justement ses lecteurs à imaginer l'avenir de manière écologique. Il ne s'agit pas uniquement d'apporter des informations sur le sujet de l'écologie mais aussi de changer les mentalités, de bouger les lignes pour nous préparer à penser demain autrement. Ce qui est drôle, c'est d'avoir écrit cela et de se retrouver quelques jours plus tard à discuter avec Meg et Eric Maliska au Plateau Duchère.Autant dire que je me suis jetée sur Les Epureurs qui devenaient un signe du Ciel. Le titre me faisait un peu peur : je voyais une série de justiciers du futurs venus gommer le trop d'humanité qui nous restait. La preuve, sur la couverture, les êtres qui défilent sur le pont pour rejoindre la lumière conique d'une soucoupe, ressemblent à la modélisation chimique d'un ADN survolté. Mais curieusement, le nom de l'autrice me rassurait : "Meg". Ce pseudonyme me rappelle Les Oiseaux se cachent pour mourir, une histoire d'amour que j'ai entièrement oubliée. Je ne me souviens que de mon émerveillement à sa lecture. Voici l'état d'esprit dans lequel j'ai abordé cette lecture.

L'aventure et le suspense - sine qua non

Le néologisme du titre attise déjà notre curiosité. Le sens est clair : il s’agit de nettoyage. Au début, difficile de savoir le nettoyage de quoi cependant. En 2138, sur une planète en reconstruction, il ne paraît pas vraiment y avoir de problème de pollution. On comprend très vite qu’il s’agit de toute autre chose. Dans un premier temps, je me suis laissée happée par l’histoire des sélections. L’auteur nous propulse dans un univers différent du nôtre et en même temps très familier puisque les jeunes protagonistes doivent passer des épreuves. L’aventure commence comme à un examen et nous suivons les affres du groupe des candidats. Le stress et l’attente se traduisent différemment chez chacun, ce qui m’a donné matière à réflexion. Dès les premiers chapitres, je n’ai pas manqué de me rappeler mes divers passages dans divers concours en faisant des rapprochements avec les réactions de Solène, Tipone, Karl ou Nora. Ce côté « aventure » m’a encouragée à placer ce roman dans la catégorie Young Adult.

La science-fiction dans tout cela ?

Me revoilà dans l’épineuse question des genres : la couverture avec une soucoupe volante posée sur un faisceau lumineux annonce bien la science-fiction. Côté récit, les personnages vivent dans des conditions de bien-être, dans une certaine harmonie énergétique semble-t-il. En accompagnant les amis dans leurs repas et périodes de repos, on se prélasse aussi côté lecteurs. Il y a des douches intégrées dans les couffins, des mets délivrés sur commande et même des séances de massage. Le soleil se couche sur la mer, comme on en rêve. Les sensations de calme et de sérénité sont essentielles. Quelques réminiscences montrent les erreurs du passé (celles que nous commettons aujourd’hui en fait) et il est clair que cette époque a fait un bond en avant. Sauf que…

… sauf qu’il y a un hic : ce monde parfait n’est pas parfait. Il y a des ratés à corriger. Les Epureurs sont là pour ça. Le principal élément de suspense, c’est-à-dire la question qui nous tient en haleine dès les premières pages est le suivant : quel est le rôle de ces fameux « Epureurs » ? C’est peut-être plus important encore que celui des Réalistes, que j’imagine comme une élite politique. Et le tour de force, c’est que dans les dernières pages, on apprend que la réponse était partout, juste sous notre nez sans qu’on s’en aperçoive, grâce à la perspicacité de Clarisse. Du coup, voilà qui donne envie de relire d’un œil averti en prenant garde aux fluctuations des collectifs en connaissance de cause. L’autrice garde tout un pan de son univers en réserve : espérons que le tome 2 nous en dévoile davantage. 

Dire l'avenir, c'est le créer, n'est-ce pas ?

Pour autant, ce qui résonne de manière extrêmement contemporaine est cette manière d’envisager  les challenges et de chercher les solutions : de façon collective. C’est une version plus élaborée du club des cinq. L’intéressant n’est pas le puzzle de compétences complémentaires, c’est véritablement la dynamique du groupe à part entière. Peut-être Meg nous donne-t-elle la clé, à sa manière, de relations humaines plus harmonieuses. Justice et bien-être fonctionnent ensemble, alors qu’on n’a pas l’habitude de les associer. Le style clair et ensoleillé de l’autrice permet d’explorer ces thèmes d’une façon nouvelle, sans éviter des zones d’ombres qui attisent la curiosité. Pourtant, c'est justement ce style limpide qui m'a posé le plus de difficultés pour entrer dans l'histoire.
Quoiqu'il arrive, que les protagonistes se saoulent ou persévèrent, qu'ils perdent ou qu'ils gagnent, le phrasé se déroule inéluctablement calme. Comme si le narrateur était le témoin neutre de ce qu'il raconte, laissant toute la place au lecteur pour se forger sa propre opinion. Et là, je me sentais paresseuse : comment interpréter telle ou telle situation ? C'est peut-être ce que Meg attend. Que le lecteur se positionne, s'engage, réfléchisse à son tour, soit le témoin de ce nouveau monde.



Que lire ensuite ?

De Profundis de Eric Maliska

Parce qu'on peut classer cet auteur dans le même genre - et c'est un comble car il est diamétralement opposé. Comme j'aime les grands écarts, les contrastes et les oppositions, je m'offre une sacrée douche écossaise en choisissant un auteur indépendant que je fréquente pourtant depuis une année et qui a réussi à me la bâiller belle dans son roman hors-normes.


Les Epureurs - MEG

Pour l'avoir à soi : https://www.kobo.com/fr/fr/ebook/les-epureurs

Le site de l'auteur : http://meg-auteur.fr/



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jeudi 7 février 2019

La ville Mode d'emploi ;-)

Quelle chance de pouvoir travailler ensemble au Plateau Urbain, me dis-je chaque matin.
Et c'est vrai car il n'y a pas un jour où je ne sois pas surprise ou étonnée du circuit des idées. Impossible en quelques lignes de vous faire part de toutes les surprises qui ont jalonné mes dernières journées : le serre-file, Diversidays, Radio Canut, la calligraphie, des appels à textes poétiques, etc.


Ma meilleure découverte  date de plus d'un mois quand Chloé a lancé l'atelier d'écriture du lundi soir au Plateau Duchère : Histoires & Fictions de la Duchère. Destiné au grand public, sur l'impulsion de Mohammad, bénévole pour une ONG je crois, il consiste à compiler les textes offerts par les participants dans une publication autoéditée et si tout va bien distribuée gratuitement aux participants lors du Salon de l'autoédition.

C'est là que nous avons parlé de Pérec.
- Ouhlà, j'ai lu Les Choses et j'en garde l'image du gris matérialiste...
- Ah oui, mais tous ses livres sont différents...
- Le nouveau roman, c'est ça ?
- C'est ça. Par exemple, dans un de ses textes, il fait disparaître la lettre -e...
- Le fameux lipogramme des initiés et je sais qu'après La Disparition, il écrit Les Revenentes en inversant la contraintes (et avec quelques licences orthographiques.)
- Et La Vie Mode d'Emploi, c'est complètement autre chose. C'est dans un immeuble, il y a des gens différents qui se croisent et racontent, ou alors il décrit les lieux. Je trouve que ça colle bien avec notre idée d'atelier : les gens se croisent sur un même territoire, sur un même lieu...

Bon, d'accord. le soir même, comme il n'y a pas de hasard, Oghusan, un de nos voisins du Plateau, en service à l'AFEV, cite en passant W ou le Souvenir d'enfance, comme un récit où fiction et réalité sont entremêlées voire inversées. Poursuivie, par Pérec, il ne me reste plus qu'une solution : l'emprunter.

J'ai mis trois semaines à commencer La Vie Mode d'Emploi, 573 pages avec le plan de l'immeuble et sans les sommaires. Et maintenant, je dois le rendre à cause de la réception du premier avis de retard.Merci à la médiathèque de la Duchère pour sa compréhension. Si vous lisez ce billet, vous saurez qu'il y en a 2 exemplaires empruntables dont l'un dans les œuvres complètes. Je ne résiste pas au plaisir de partager un petit paragraphe :

"La dernière année, il [Winckler] ne sortit plus du tout de chez lui. . Smautf prit l’habitude de lui  monter à manger deux fois par jour et de s’occuper de son ménage et de son linge. Morellet, Valène  ou Madame Nochère lui faisaient les petites courses dont il pouvait avoir besoin. Il restait toute la journée vêtu de son pantalon de pyjama et d’un tricot de corps sans manche, en coton rouge, sur  lequel il enfilait, quand il avait froid, une espèce de veste d’intérieur en molleton et un cache-col à  pois. Plusieurs fois Valène alla lui rendre visite dans l’après-midi. Il le trouvait assis à sa table en  train de regarder les étiquettes d’hôtel que Smautf avait ajoutées pour lui à chacun de ses envois  d’aquarelles : Hôtel Hilo Honolulu, Villa Carmona Granada, Hôtel Theba Algésiras, Hôtel  Península Gibraltar, Hôtel Nazareth Galilée, Hôtel Cosmo Londres, Paquebot Île-de-France, Hôtel  Régis, Hôtel Canada Mexico DF, Hôtel Astor New York, Town House Los Angeles, Paquebot  Pennsylvania, Hôtel Mirador Acapulco, la Compaña Mejicana de Aviación, etc. Il avait envie,  expliquait-il, de classer ces étiquettes, mais c’était très difficile : évidemment, il y avait l’ordre  chronologique, mais il le trouvait pauvre, plus pauvre encore que l’ordre alphabétique. Il avait  essayé par continents, puis par pays, mais cela ne le satisfaisait pas. Ce qu’il aurait voulu c’est que  chaque étiquette soit reliée à la suivante, mais chaque fois pour une raison différente ; par exemple,  elles pourraient posséder un détail commun, une montagne ou un volcan, une baie illuminée, telle  fleur particulière, un même liséré rouge et or, la face épanouie d’un groom, ou bien avoir un même  format, une même graphie, deux slogans proches (« La Perle de l’Océan », « Le Diamant de la Côte  »), ou bien une relation fondée, non sur une ressemblance, mais sur une opposition, ou sur une  association fragile, presque arbitraire : un minuscule village au bord d’un lac italien suivi par les  gratte-ciel de Manhattan, des skieurs succédant à des nageurs, un feu d’artifice à un dîner aux  chandelles, un chemin de fer à un avion, une table de baccara à un chemin de fer, etc. Ce n’est pas  seulement difficile, ajoutait Winckler, c’est surtout inutile : en laissant les étiquettes en vrac et en en  choisissant deux au hasard, on peut être sûr qu’elles auront toujours au moins trois points communs."

Merci à Udisciplinas pour le texte.

Ne trouvez-vous pas que classer des auteurs dans des catégories au salon de l'autoédition ressemble furieusement à l'exercice auquel s'est livré ce malheureux ?

Bonne fin de semaine et heureux classements, étiquetages et autres catégorisations à vous,
Céline.

vendredi 1 février 2019

Une coccinelle dans le coeur



Titre : Une coccinelle dans le coeur


Auteur : Angie Le Gac


Editions : autoédition/ Amazon


Année de parution : 2018


Cette chronique est écrite pour le Prix des Auteurs Inconnus - 2018-2019.


"Pincez-moi, c'est impossible !"

Un jour, lors d'un atelier cirque, perchée sur une planche posée sur un rouleau, je me suis aperçue que l'équilibre n'est pas un point fixe. C'est une oscillation constante où l'on change de sens avant de tomber. En lisant Une coccinelle dans le cœur, j'ai eu exactement la même sensation. A tout moment, le fil de l'histoire est tendu et l'on craint qu'il se brise. C'est que l'héroïne souffre de troubles bipolaires qui lui donnent une vision distendue de la réalité : entre le bonheur absolu et le désespoir mortel, avec tout le panel des émotions qui va avec. Par conséquent, sa vie fait de grandes embardées et nous aussi, qui suivons ses aventures à perdre haleine. Est-elle responsable ? Coupable ? Victime ?
L'improbable succède à l'inattendu, et à peine a-t-on repris son souffle dans un havre de paix que l'imprévisible vient tout bouleverser.
 Angie Le Gac réussit le tour de force de nous faire entrer dans un récit bipolaire également où le meilleur et le pire se mêlent, où rêves et cauchemars ne sont pas très bien délimités et où le destin des personnages est encore bipolaire, voire multipolaire ! De nombreux sujets sont ainsi explorés : la maternité, l'amour filial et maternel, le couple, le quotidien, la carrière professionnelle, les services médicaux et sociaux, l'amitié.


Le temps comme allié

Le sommaire pose le cadre immédiatement : la répartition par date, par mois et par année, nous propose une vue d'ensemble sur 10 ans de vie, qui sont aussi intenses que 10 vies. La reprise du journal intime de l'héroïne à intervalles réguliers nous fait entrer aussi dans le grand cycle de l'univers : celui du temps qui passe, qui sépare et qui réunit, une roue universelle qui redistribue les chances. Elena en a bien besoin, de la chance, avec tout ce qui lui arrive. Et elle en a aussi. Par exemple, en la personne de sa mère qui lui voue un amour inconditionnel et joyeux, envers et contre tout. Ou alors ce Simon-courage, tellement magistralement amoureux, malgré la vérité de la maladie mentale.Et plus encore, cette détermination qui est celle de la jeune fille de se battre jusqu'au bout et de rester debout dans la défaite et dans l'adversité.
Ce que je trouve le plus émouvant, c'est l'art qu'a Elena de se raccrocher à des détails pour surmonter ces crises : des messages sur internet, une idée positive, ... Elle risque constamment d'être emportée dans le tourbillon de son imagination et elle réussit à surmonter des épreuves effroyables.
Au sein de ce récit empreint de tant d'humanité et d'émotions, les protocoles administratifs, sociaux ou judiciaires paraissent parfaitement inadaptés, sourds à l'évidence, iniques et insensibles.  Comprendre les affres d'Elena, c'est voir le monde autrement. Ces 10 années sont un cycle. Elles ouvrent les portes sur l'avenir.

Un style lumineux

L'autrice maîtrise les genres : suspense voire fantastique, poésie, narration,dialogue, documentation. Ce roman sait s'adapter aux différents registres. Si certains passages relèvent de la romance, d'autres développent des thèmes plus sombre. En fil rouge, quelques strophes de chanson en tête de chapitre par exemple, m'ont laissée dubitative. Est-ce pour la poésie des paroles ? Est-ce pour la carrière du chanteur ? Est-ce pour l'air ou la musique ? Personnellement, j'aurais choisi Freddy Mercury ou Gloria Gaynor - mais je reconnais que ce choix serait tout personnel, parce que ce sont leurs titres qui m'encouragent quand les nuages s'amoncellent au dessus de ma tête !

Alors que les morceaux de rock évoqués me paraissent plutôt troubles, le style d'écriture de ce roman est solaire et lumineux, avec des flashs poétiques irrésistibles : le mannequin chiffonné ou la coccinelle, pour n'en citer que deux. A chaque page, on court de trésor en trouvaille avec des attentions magnifiques. La chute n'en est que plus cuisante, mais à chaque fois, on se relève, on garde la tête haute, le "show go on". Comme l'indique la quatrième de couverture, on peut en effet considérer que la maladie est le thème central de ce roman. pourtant, je l'ai lu comme un apologue de la vie, celle qu'on aime malgré les revers et qui finit par retourner les boomerangs qu'on lui a envoyés.
Avec cette tragédie de la bipolarité, ce roman fonctionne comme une catharsis : je l'ai refermé plus calme, plus centrée, en ayant pris la distance qu'il faut avec les aléas du quotidien.

C'est un roman de l'essentiel.

Une leçon d'amour.

Un hymne à la vie.

Que lire ensuite ?

Le quatrième Royaume de Daniel Rigaud

 Alors là, aucun rapport ! Sinon peut-être les étoiles sur la couverture et une certaine idée de l'humanité. C'est en parcourant le service Simplement Pro que la jacquette m'a attirée : la voûte céleste me fait toujours rêver. La quatrième de couv' a confirmé ma curiosité : "Tiens, je vais apprendre quelque chose de nouveau", me suis-je dit... et vous saurez bientôt si c'est le cas. En attendant...

Une coccinelle dans le cœur - Angie Le Gac

Pour l'avoir à soi : https://www.amazon.fr/Une-Coccinelle-dans-Coeur-Angie/dp/1983751707


ou encore avec tous les commentaires et citations :https://www.babelio.com/livres/Le-Gac-Une-coccinelle-dans-le-coeur/1019490


La page Facebook de l'auteure bien sûr : https://www.facebook.com/angie.legac

Une lecture en vidéo que j'ai adoré écouter : Sapristi, je ne la retrouve plus !Du coup, pour connaître quand même l'autrice, je vous lie ADN avec mes plus plates excuses.


Retrouvez les chroniques du Prix des Auteurs Inconnus sur la page Facebook : https://www.facebook.com/prixdesauteursinconnus/

mercredi 30 janvier 2019

Le Quatrième Royaume - Daniel Rigaud






Titre : Le Quatrième Royaume


Auteur : Daniel Rigaud


Edition : Autoédition/ Publishroom


Année de parution : 2018


Cette chronique est écrite grâce à Simplement Pro, le service presse.


Au carrefour des sciences

Malgré tous mes efforts, je dois dire que je ne me souviens pas très bien des classifications du vivant qu'on m'a enseignées au collège. En revanche, lorsque j'ai lu 30 ans plus tard, les cours de mon fils en cinquième, j'ai découvert avec stupeur que, pour les sciences et vie de la terre, les 4 règnes du vivant étaient : les bactéries, les champignons, les végétaux et les animaux. Cela m'avait déjà fort donné à réfléchir.

Le Quatrième royaume commence bien en-deça et se poursuit bien au-delà.

Dès l'introduction, l'auteur nous offre un magnifique tour de l'univers sous un éclairage philosophique autant que physique. Même quasi sans culture scientifique, on suit le déroulement d'une réflexion aussi simple que contagieuse. Son approche du "hasard", de la "vie" ou de l'"Europe" résonne de telle façon qu'il m'était impossible de ne pas y repenser souvent. Bref, cet essai manie des idées qui ne demandent qu'à se propager.
Ce qui m'a particulièrement plu, c'est le décentrage. Tout-à-coup, entre l'infiniment petit et l'immensité, la personne que nous sommes n'est qu'une personne.Et cela nous soulage d'un seul coup de la culpabilité... en nous armant peut-être de responsabilité, d'"envie d'agir" comme on dit aujourd'hui.
C'est un ouvrage à déguster, pour prendre de la hauteur, de la distance et revenir à soi sans égoïsme.


Simple érudition & sagesse encyclopédique

Je ne vous resservirai ni la science sans conscience, ni la ruine de l'âme mais j'ai beaucoup apprécié la dimension humaniste du Quatrième Royaume. Actualités nationales et internationales servent de toile de fonds à une redistribution des enjeux et des lignes de force. En ces temps de débat national et de gilets jaunes, faire le tour de ses connaissances et de ses facultés de penser par soi-même n'est pas un luxe. Parfois, l'évocation des abus et des dérives actuelles est franchement drôle, comme vue par les yeux d'un Persan : peut-être Rabelais, Montaigne ou Montesqieu 4.0...

Si les notes en bas de page donnent d'utiles références, on est tenté aussi de visiter le blog repère : Conjecture 4.0 Différents articles, par définition plus concis, y abordent les sujets d'actualités, jouent avec la poésie en parodiant François Villon, donnent des considérations politiques. Les problématiques y sont recontextualisées et surprise ! ... le vocabulaire (ADN, groupes sociaux, etc) nous renvoie à l'ouvrage que nous tenons entre les mains. La boucle est bouclée. Tout est parfaitement cohérent.

La biographie de l'auteur est impressionnante. Il a fréquenté les meilleures écoles et les plus grandes entreprises. Et pourtant, je me pose des questions : est-ce qu'en cultivant ses facultés de comprendre et de penser dans les meilleurs terreaux, les meilleurs creusets, il n'aurait pas éludé, paradoxalement, des réalités qui échappent à la raison, à l'analyse et à la synthèse ? N'aurait-il pas construit une vision géniale mais aussi parfaitement personnelle ?

De ce que j'imagine en refermant l'ouvrage, les groupes sociaux de ce quatrième royaume sont comme de vastes navires, pilotés par un élan commun, où l'on serait en sécurité. Selon les cas, verticaux ou horizontaux, ils prennent l'histoire, le passé, le présent et l'avenir, dans un vaste maillage d'une logique harmonieuse. S'ils se croisent, ils se teintent respectivement. C'est un vaste ballet savamment orchestré. J'ai envie d'y croire, enfin plutôt, j'y crois, pour ce qui est de l'interprétation du présent.

Et le monde dans tout cela ?

D'un autre côté, c'est trop beau. La démonstration est trop claire, trop lumineuse, trop imparable. Surtout à la fin, sachant que les définitions et les constats ont été posés : on entre alors dans une ébauche des perspectives d'un programme pour chaque groupe social. C'est là où le bât blesse. Jusqu'aux derniers chapitres, je suivais plutôt bien le raisonnement dans une approche que je qualifierais de systémique. Ensuite, je me suis perdue dans l'énoncé des divers programmes.

L'auteur prend une hauteur qui exclut toute appartenance aux groupes sociaux précédemment décrits, voire à l'humanité. Apparaît alors un indéfini : ce "on" qui pilote ou supervise. Toute cette clarté s'avère être celle d'un point de vue du "ciel" si je puis dire. Qu'en est-il en revanche de l'expérience (des émotions aussi) à l'intérieur des groupes ? Ma perplexité est sans doute plus intuitive que raisonnée - peut-être ai-je lu trop de dystopies aux enfers joliment pavés. Du coup, dans cette quasi utopie, il me manquait ce qui fait l'humain, fort et faible, éphémère et éternel, insaisissable et prévisible, émotif et rationnel.
 La dimension européenne m'interroge également. Pourquoi ne pas réfléchir à une échelle plus globale ? Où est passé le reste du monde (hormis quelques pages à la fin) ? Comment ces 750 millions de citoyens fonctionneraient-ils indépendamment du reste de la planète, qui ensuite les suivrait ? Quelle est la validité des catégories dans le temps ?
Toutes ces questions amorcent sans doute le débat que l'auteur souhaite ouvrir.
Le pari est donc gagné de bouleverser les habitudes de penser pour éveiller en chacun l'envie d'évoluer et surtout d'embrasser une destinée plus grande que celle de sa petite personne.


Que lire ensuite ?

Tous les numéros de l'Indépanda...

...Sauf le 1 que je connais déjà car c'est une plongée dans la littérature de l'imaginaire, d'aujourd'hui et de demain. Je vise plus spécialement le n°6 pour l'étrangère qui habite chez moi de Khalista Farall. En effet, depuis que j'ai consulté sa biographie, je rêve de parcourir toue sa bibliographie ! En attendant...

Le Quatrième royaume - Daniel Rogaud

Pour l'avoir à soi :


Sur Amazon (version électronique)
Sur Amazon (version papier)
Sur Publishroom (version électronique)
Sur Publishroom (version papier)


Pour aller plus loin :

Le blog Conjecture 4.0 - http://conjecture4point0.com/le-quatrieme-royaume/

lundi 7 janvier 2019

Poèmes et rêveries - Frédéric Marcou



Titre : Poèmes et Rêveries

Auteur : Frédéric Marcou

Autoédition

Année de parution : 2012. 1er avril.



Mille excuses...


 ... si tant est qu'on puisse lire correctement un recueil de poèmes sachant qu'on a manqué à sa parole et qu'on frémit des 553 jours de retard qui se sont accumulés sur Simplement Pro. Tous mes points de confiance y sont restés. Qu'à cela ne tienne ! C'est qu'il me reste tout de même un fond de culpabilité au moment d'écrire enfin cette chronique.

Et que m'a-t-il pris de céder à la gourmandise de poésie alors que je connais mes goûts académiques ? Moi qui apprécie le classique et le baroque, l'alexandrin, les rimes riches et les figures de style, me voici face à un poète qui n'en écrit mais. Comment m'y prendre alors ? Dire tout simplement que je n'aime pas. Ce serait un peu court me semble-t-il et réducteur aussi.

Vers céruse ou anacruse ?

 C'est le moment de parler poésie en distinguant la subjectivité et l'individuel. Et pourtant, il est bien difficile de définir cette élévation qui survient à la lecture de certains poèmes et non pas ailleurs. Le sujet lui-même n'y est pour rien : amour, trstesse, vie ou mort ne contiennent pas de facto la poésie. Elle serait alors dans le choix des mots, dans le maniement d'une plume, qui pour être simple n'en est pas pour autant banale ou triviale. Un message inspiré anime le poète qui transmet un souffle - l'anima - la vie à ses lecteurs. La forme du vers libre ou régulier, rimé ou non, n'est pas en cause. La prose même est poétique parfois, quand les lettres résonnent à l'unisson de la forme et du sens. Le poète est alors relié au génie de la langue plutôt qu'attaché à ses propres limites.

En somme, l'expression de soi est le premier pas peut-être vers la poésie ; la recherche du mot juste est le second. Au troisième pas, le regard s'élève vers le lecteur idéal, consentant à abandonner ce que l'on vient de gagner : c'est la modestie de l'auteur qui le porte.

Sans came-cruse !

Le recueil de Frédéric Marcou m'a laissée de glace, de côté, comme si des amis s'y rencontraient sans que je sois invitée. L'éloge et l'attente font l'objet de plusieurs textes qui sont des conversations personnelles vers les femmes que le narrateur admire. Je ne m'y retrouve pas vraiment. Ces vers ne m'ont pas séduite, ni émue, ni emportée. Serais-je déjà trop loin de la simplicité des choses ? J'aurais voulu y trouver des détails significatifs, des objets symboliques, des clins d’œil à ma propre vie... J'aurais voulu entendre une voix qui vient du cœur et je n'y vois que de l'écume de paroles trop vite envolées.

Que lire ensuite ?


En me connectant sur la page de Simplement Pro, j'ai choisi un essai pour changer, publié chez Publishroom avec un envoi postal. il faut dire que les livres en papier ont un supplément de charme (et non pas forcément d'âme ;-) )  Le quatrième Royaume par Daniel Rigaud propose me semble-t-il une autre vision du monde. D'ailleurs, Conjecture4point0 le blog de l'auteur me laisse perplexe. Je m'attends donc à un dépaysement philosophique qui ne peut me faire que du bien, moi qui ait du mal à passer cet hiver. Au pire, ce sera trop compliqué pour moi et je ne me gênerai pas pour citer Boileau car ce qui se conçoit bien s'énonce clairement.


Poèmes et rêveries - Frédéric Marcou


Pour l'avoir à soi : Atramenta 


La page Facebook de l'auteur :
https://www.facebook.com/profile.php?id=1067395599







Shouna la genèse maudite, T1

https://ameliediackauteure.blog/tag/shouna-la-genese-maudite/





Titre : Shouna, la Genèse maudite T.1


Auteur : Amélie Diack

Autoédition 

 Année de parution : 2018


Isbn : 978-1983075940



Il était un temps où les montagnes et les mers parlaient d'une même voix


C'était le temps des couchers de soleil magnifiques et des levers de lune étincelants. C'était le temps où les astres régnaient encore sur la voûte céleste, où les animaux parlaient et où les humains n'étaient pas encore aveugles et sourds aux manifestations de la nature. Finalement, ce n'est pas un temps si éloignés de notre époque, car je m'y suis reconnue comme dans un miroir.

C'est qu'Amélie Diack a une voix si puissante qu'elle traverse les océans, relie les continents, et fait surgir le passé aussi bien que l'avenir. Comme tous les contes et récits de création, Shouna contient une part de sagesse tellement énorme qu'elle nous submerge totalement.
 Qui n'a pas connu la détresse du rejet et de l'abandon ? 
Qui n'a pas trahi et été trahi ?
 Qui n'a pas ri aux éclats quand la chance lui a souri ?

Une fresque aux mille couleurs


En quatrième de couverture ou dans le résumé, l'auteur promet un voyage et de l'exotisme : c'est très réussi ! A côté des aventures de Shouna, Percy Jackson est un simple débutant sans grande envergure.
La grande fresque universelle d'Amélie Diack positionne l'humanité à sa juste place, dans un univers où la nature est reine : les mondes terrestres et aquatiques, les enfers et le monde du bien. C'est une invitation à ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure, dans toute sa splendeur.

Tableau de Kre MBaye - avec mes remerciements à Baye*

Et pourtant, cette impression de luxuriance et d'immensité ne tient pas à la complexité des tournures de phrases ou des explications. L'auteur , en habile conteuse, possède toutes les clés de notre imaginaire et de nos archétype. La Reine des Eaux est d'une beauté envoûtante, tandis que la vieille sorcière est d'une laideur nauséabonde. Vous y êtes : en quelques mots, l'exact portrait des personnages s'est gravé en vous, y compris celui de cet homuncule vert aux jambes torses et aux cheveux embrouillés - dont vous n'aviez jamais entendu parler auparavant...

Désapprendre pour apprendre

Et pourtant, en débutant ma lecture, je ne cherchais qu'un peu de dépaysement, sans plus. Le Sénégal m'intéresse en ce moment et je pensais trouver de la couleur locale. Les premières lignes m'ont rappelé certains écrits adolescents (D'ailleurs l'auteure a inventé cette histoire il y a bien longtemps, à la fin des années 80) et je commençais à classer ce récit en jeunesse. Mais voilà !
Le désespoir de cette mère sans enfants, cet enfer qui enfante un innocent, ce dilemme entre le bien et le mal : ces thèmes en filigrane nous mènent directement à la philosophie, sinon à la spiritualité. Et dans ce récit, tout a un sens, tout est sens. Le blog d'Amélie l'illustre d'ailleurs en donnant des rudiments de wolof pour mieux comprendre la poésie des noms.
Shouna fait partie des histoires qui nourrissent l'enfant qui sommeille en l'adulte (et vice versa), qui transmettent de la vie brute, qui font grandir notre humanité. Alors vivement la suite et en attendant, foin des idées reçues sur les contes et autres récits de l'oralité !

Que lire ensuite ?

En me reconnectant sur la page de Simplement Pro, je dois reconnaître que j'ai manqué à mon devoir. 553 jours de retard pour une chronique, c'en est trop.
Je vais y remédier derechef et lire le Recueil de poèmes et rêveries de Frederic Marcou !


 Shouna, la Genèse maudite T.1 -  Amélie Diack


Pour l'avoir à soi : https://ameliediackauteure.blog/tag/shouna-la-genese-maudite/


La page Facebook de l'auteur : https://www.facebook.com/shounadiack/

 

 * Si vous avez lu jusqu'ici, je vous fais part de cette anecdote. En s'installant dans le bureau loué par le Plateau Urbain, l'association Ecriture Plurielle a le plaisir de faire connaissance avec de nouveaux voisins. Dont Baye. Fondateur idéaliste et humaniste de Colibris Natural Health, il croit en de nouveaux modèles entrepreneuriaux : horizontalité et coopération. 
En entrant dans son bureau, j'étais prête à tout. 
Sauf à visiter une galerie d'art. 
J'en suis encore scotchée. 
Affaire à suivre.